Jean Jaurès - La Convention I

314 HISTOIRE SOCIALISTE semhle e,traor1linairr, une double action rle classe: sm· l'État el sur les salarian1s. JI ne re,le rirn rn fait de la loi Chapelier, elle est débordée, réduite à rien 1ar l'irnnwnse coalition du peuple ou1rier exigeant partout à la fois les mo)rn, fie 1i\ n•. Les I if,; incidents qui se produisent ~à et là el dont l'histoire a g-arcléla trare, les pétitions partielles et les mouvements partiels ne donnent qu'une faible iclét' du mouvement universel el profond par lequel le pruple signifia à la Rérnlution et à la bourgeoisie qu'il n'entendait pas faire les frais de la crise. Et c·est celle vitalité universelle du peuple ouvrier, c'est cet esprit de revendicalio11et de lutte qui est dans l'histoire du prolétariat un trait lumineux. Car partout la lutte, l'effort furent nécessaires; nous pouvons en ~tre sûrs quoique le détail en soit perdu pour nous. Comment saurions-nous, par exemple, sans le passage de llcffroy que j'ai cité, que les ouvriers agricoles allaient jusqu'à refuser leurs bra, pour arracher au fermier a l'are une plus haute journée'/ L'hisloire, obsédée par les visions tragiques de celle période, a négli!,é cle recueillir trait à trait celle prodigieuse revendication cle salaire qui, en chaque usine, en chaque ferme, mellail les salariés aux prises avec la bourgeoisie rérnlutionnaire et possédante. Mais ce n'est pas d'un mouvemeîit aisé, tout naturel el automatique, que le prix des journées de travail s'esl ajusté au prix extraordinaire du blé et des denrées. Condorcel, qui était ennemi de toute taxation el réglementation, ne peut contester, cependant, le déséquilibre survenu entre les salaires et les denr(•es. li s'interroge avec inquiétude sur les moyens de rétablir l'harmonie et de dénouer la crise sans toucher à l'absolue liberté des échanges. Et tantôt, il paraît croire qu.e l'État pourra équilibrer de nouveau le prh q.es denrées et le pl'ix du travail, non var la loi, mais par l'exemple. Tantôt, il semble compter sur les seuls errets de la liberté elle-même. Il se demande le 18 novembre : « Faut-il une loi générale sur les subsistances, ou des lois partielles ou des établissemer.ts à l'effet de prévoir el de prévenir les besoins dans les temps critiques? Sera-t-il ulile de créer, en cc moment, un département unique des subsistances qui ferail de cet important objet sa grande el unique affaire? Conviendrait-il d'établir à l'extérieur des agents responsables occupés d'observer lr.s prix des grains et de faire des achats pour la République? En supprimant la valeur /ictit•e de l'arqcnt, n'altaquemit-on pas radicalement l'agiotage qui, avec fr signe du nun,éraire, a/lire le papier-monnaie, et avec celuici taules les malières d'approvisiom1eme11jtusqu'à ce qu'enfin il pompe toute la substauce du pcuJJ/P? » ldée hardie, sur laquelle je reviendrai. Condorcet, comme nous l'avons vu, croyait que la hausse du prix des denrées n'était pas un elîet direct des assignats. C'est seulement par rapport à la monnaie de métal, plus facile que toute autre marchandise à accaparer et à resserrer, qu'avait commencé la

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