312 HISTOIRE SOCIALISTE Yoilit qui est d'une 1>rt'cisionextrôme el d'un ton d'a.surance tranquille qui semble dt'flrr le démrnti. Aucun démenti ne vint. li n'y a pas de discours plu, prs-imi,te, plus sombre, que celui que Saint-Just prononça le 20 novembre il propo~ des subRistances. Or j'y lis ceci : .. On dit que les journées de l'arlisan augmentent en proportion du prit des de11rèes, mais si l'artisan n'a point d'ou,-rage, qui paiera son oisiveté?• .\in,i 8aint-J11st, quelque lugubre que soit le tableau trac6 par lui de la ron,lition écouoruique du pays, ne conteste· pas qu'en fait il y ail eu pour rnrlisan progression des sal;tires. ~;t je rappelle ce que j'ai déjà cité du rapport de Roland, en janvier 1î03, où, allant bien au delà de Dorniez, il prétend <1uec'est au détriment du cultivateur que l'équilibre se trouve rompu par l'élé,~tion des salaires. Je note dan~ le Pall'iole français (numéro du 3 novemb,c} une curieuse lcllrc d'Orléans, datée du 21 octobre. Elle est loul naturellement écrite par un « brissolin » qui gémit sur l'anarchie et la propagande subversive du délégué de la Commune de Pa~is, mais elle abonde en traits précis : « 'ous sommes ici dans une espèce d'anarchie qui peul être pour nous et pour d'autres départements de la plus grande conséquence ... La position d'Orléans est unique, mais si nous empôchons les embarquements, combien de départements allons-nous faire mourir de faim! On ne peul pas persuader ici à la majorité de mes concitoyens que le déparlemenl n'a pas de quoi se nourrir quatre mois, ayant beaucoup de terrains en friches el en bois; au milieu de l'abondance, ils mourront de faim, puisque si les citoyens du département empêchent le trans:iorl des grains, le département d'Eure-el-Loir en fera autanl. L'exemple de l'hiver dernier aurait d0 les convertir; le commerce des grains élail 1>arrailement libre, et nous avons été la I ille où le pain a été le moins chn : tout le monde nous en appnrlail. Al) march6 d'hier qui est le seul considérable par semaine, des députés dr scclion en nombre assez considérable s'étaient répandus dans le marché, voulaient qu'on taxàl le blé; n'y ayant pas réussi, ils ont menacé les fermiers et en onl forc6, par la crainte, de diminuer leurs grains; il en résultera que les f••rmier, effrayés ne reviendront pas samedi prochaîn, et qu'on nous prépare des troubles. Je ne vous laisserai pas ignorer qu'on égare mes malheureux concitoyens, qui /OU$ viennent de faire a11qmenle1·leurs journiles el qui, par conséquent, devraient moins se plaindre, el nous avons ici beaucoup de perturbateurs parisiens, peut-être envoy.)s par vos agitateurs. • Vraiment, quel que soit le parti pris politique mêlé à toutes ces affirmations, il esl impossible de douter d'un relèvemenl général des salaires constaté par tant de témoignages divers el si conforme d'ailleurs à la nature même des cho es. Comment le peuple d~ ~'rance, tout remué encore par la victoire révolutionnaire du Dix AoOl, se serait-il laissé affamer sans résistance au moment mème où l'immense appel d'hommes fait par l'armée, en diminuant
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