242 HISTOIRE SOCIALISTE tout ce qui pouvait inquiéter la superslilion el éhranler le difficile compromis in,lilu6 par la Conslil11lion civile du clergé entre !"antique foi el la liberté nouvelle. Comme Danton, Condorcet, le plus libre des esprits, le plus authentique représentant de la pensée des Encyclopédistes, le philosophe le plus impatient d'élever toute l'humanité à la lumière de la raison, conclut co~tre la suppression du budget des cultes : • L'armée que l'.~sscmhlée Constituante a levée contre l'ancien clergé (c'est le nouveau clergé constitutionnel que Condorcet dé,igne par ces mots pittoresques) est un peu chèrement payée; mais il serait injuste de la licen• cier sans accorder une retraite aux généraux el aux soldats. D'ailleurs, écartons toute idée religieuse, el supposons quïl ait été d'usage de payer dans chaque village un frère de la Charité pour avoir soin des malades el qu·on ail tromé plus juste de ne pas faire contribuer à cet entretien ceux qui n'ont pas confiance aux chirurgiens de cette corporation. Serait-il bien juste de dire aux malades qui s·en setvaient: On ne les payera plus, faites comme ceux qui n·en veulent pas et qui payent leurs chirurgiens. Ces malades ne pourraient-ils pas répondre: Laissez-nous du moins le temps de prendre nos précautions pour nous assurer des secours. Ce n'est pas notre faute si on ne nous a pas accoutumés à choisir el à payer nous-mêmes nos médecins. » (Ch1·onique de Paris du 2 décembre 1702, sign,1ture de Condorcet lui-même). n y a donc, on peul le dfre, presque unanimité des plus grands el des plus libres esprits de la ConYention contre la motion de Cambon. Et j'avoue que les elîorts de M. Robinet pour attribuer à Robcs;,ierre seul la responsabilité de cette po• lilique me semblent un peu enfantins. li est nai qu'il se prononça avec une particulière énergie et parfois aussi avec une singulière noblesse dans un grand article de la fin de décembre; mais déjà tous les partis et tous les hommes de la Ré\'olution avaient pris position contre le projet de Cambon. Seulement, Robespierre, plus que tout autre, semble croire que le christianisme, enseigné par la Révolution el selon la Révolution, peut perdre peu à peu ses dogmes les plus aventureux et les plus tyr3nniques et se confondre avec la religion naturelle; et c'est tout un système religieux el moral, bien différent de celui de Danton, qu'il esquisse à larges traits. • Ce n·est pas, dit-il d'abt>rd, une faible preuve des progrès de la raison humaine que l'embarras que j'éprouve à traiter cette question et l'espèc6 de 11éces-ilé où je crois me trouver de faire une profession de foi qui, dans d'autres temps ou dans d'autres lieux, n'aurait pas été impunie. Mon dieu, c'est celui qui créa tons les hommes pour l'égalité et pour le bonheur; c'est CP.luiqui protège la liberté et qui extermine les tyrans; mon culle, c'est celui de la justice el de l'humanité. Je n'aime pas plus qu'un autre le pouvoir des pr,·lrcs; c'est une chaine de plus donnée à l'humanité, mais c'esl une chaine
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