Jean Jaurès - La Convention I

lllSTOlRE SOCIALlST,; :!Il se résignent à ménager le coite, à lui garder une place dans l'État, que pour ne pas compromellrc la cause de la Révolution elle-même, menacée par le fanati,me populaire. Danton, le 30 novembre, en un bref et puissant disc::..irs à la Convention, poussa le cri d'alarme: "Il faut se défier d'une idée jetée dans celle Assemblée. Il est trompé, le peuple; vous devct l'êclairer. Il s'est rappelé la propo,ition de Cambon, que la perfidie, le fanatisme, la malveillance ignorante ont commentée avec soin. On a dit qu'il ne fallait pas que les prêtres fussent salarit's par le Trésor public. On s'est appuyé sur des idées philosophiques qui me sont chère:;, car je ne connais d'autre dieu que celui de l'unil'ers, d'autre culle que le culte de la justice et de la liberté. l\Iais l'homme mallraité de la fortune cherche de, jouissances éventuelles; quand il voit un homme riche se livrer à tous ses gollts, caresser tous ses désirs, tandis que ses besoins à lui sont restreints au plus étroit nécessaire, alors, il croit que dans une autre , ie ses jouissances ,e multiplieront en proportion de ses privations dans celle-ci. Quand vous aurez eu pendant quelque temps des officiers de morale, qui auront l'ail pénétrer la lumière auprès de~ chaumières, alors il sera bon de parler aux hommes morale et philosophie. Mais jusque-là il esl barbare, c'esL un crime de lèsenalion de vouloir ôter au peuple des hommes dans lesquels il peul encore trouver quelques consolations. Je ne connais, moi, je l'ai déjà dit, que le dieu de l'univers, la liberté et la justice. L'homme des champs y ajoute l'homme consolateur qu'il regarde comme saint, pal'Ce que sa jeunesse, ~on adolescence el sa vieillesse lui ont dll quelt1ues instants de bonheur, parce que le malheureux a l':lme tendre el qu'il s'attache particulièrement it tout ce qui porte un caractère majestueux. Oui, laissez-lui son erreur, mais éclairezle; dites-lui positivement que l'intention de la Convention n'e,t pas de dctruire, mais de perfectionner; que si elle poursuit le fanatisme, c'est parce qu'elle veut la liberté des opinions religieuses. " Le déisme de Danton ne ressemblait pas à celui de Robespierre. Il élait, ~i je puis dire, beaucoup plus naturaliste, et le« dieu tle l'univers» invoqué par Danton est sans doute très parent du dieu de Diderot. Tandis que Robe,- pierre arflrme, pour son propre compte, l'immortalité de l'àme comme une vérité définitive, éternellement nécessaire aux hommes, Danton ne voit J, que la consolation passagère, la provisoire illusion des pauvres, qu'une meilleure organisation sociale affranchira sans doute de ce préjugé de misère. Cc n'est donc pas ~ous les vagues inspirations d'un déisme quasi chrétien, ce n'est point pour respecter dans le christianisme l'image un peu surchargée et compliquée du déisme de Jean-Jacques, que Danton demande que les habitudes religieuses du peuple soient ménagées. C'est pour épargner à la nation si éprouvée déjà par tant de périls, une grande commotion de conscience et!,, plus profonde des guertes civiles. C'est donc dans un in térêl tout politique et national et sans aucune arrière-pensée dogmatique que Danton s'oppose à

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