Jean Jaurès - La Convention I

l!IS1'01HE SOCIALISn; laissa percer quelques-unes des espérances ~ecrètes qu'une partie des révolutionnaires mettait encore dans le clergé constitutionnel. . • Je dis que le projet de Cambon e~t antiphilosophique. Ne donnons pa., le tilre de philosophes à tous ce• 1,1i.,,:r'lble,pMn11ts que le peuple jusqu'ici a trop vh1éré,. L1 ,éritable philo,ophie ne con•i~te pas seulement à régler ses opinions, mais elle consiste aussi à bien connaitre l'opinion publique. li ne sumt pas qu·unc opinion soit bonne pour l'adopter, il est nécessaire qu'elle soit générale. App~enez que chez un peuple superstitieux, une loi contre la superstition est un crime d'État... • (Juel e,t le pouvoir du clergé? Que peut-il sur moi, sur vous? Sa mis- ,iou ,e borne à consoler des vieilles femmes. Quel plaisir pour1iez-vous trouver à irriter des fous? Quelle philosophie y a-t-il donc là-dedans? • T'otrr décret en retarde les progd:s. Les prêtres, tt·a11q11illes11rle., moyen• de ,ubsi,tance, i·oyant paraître le Jo11r de la .-aiso11, JJ011vaie,1/ se faire h~1,te11rde prêche,· 1me sainte mo,•ale cl d'être lrs organrs àe la ,·,'rité. Si l<'s fanatique;; se portent à des excès, faudra-t-il les cl6truire'! La philoso- • phie qui 'Prêche la tolérance va-t-elle se do11nertous les torts de l'inquisition• J'.:toig11onlsa superstition, elle passe avec les hommes caducs dont la tête en e,t encore imprégn~<'- J'aime mieux payer les prêtres pour Nre tranquille, puisque mon aïeul ne peut pas s'en passer. » Les Jacobins acclamèrent Basire, et le momement fut si vif que Chabot lui-même ne docteur Robinet ne l'a point noté, battit en retraite : • Je ne m'op1lo~e pas à ce que l'on accorde nne pension aux ecclésiastiques qui ont prèté le serment prescrit par lu loi. Mais ne nous servons plus du terme de traitement: ce mol semble faire croire qu'il existe une religion dominante et con,titulionnelle; n·accordons cette pension qu'aux ecclésiastiques qui auront bien mérité de la patrie. Ne l'accordons qu'à crux surtout qui ont défendu la révolution du Dix-Août et qui ont les notions des principes républicains. » C'était le budget des cultes sous condition. Les raisons qui décidèrent la presque unanimilé des Jacobins à repousser la motion du Comité des finances peuvent se résumer ainsi : D'abord l'immense majorité du peuple de France est catholique. La superstition monarchique s·est enfin évanouie; la superstition religieuse dure encore. Or pour Je peuple l'idée de religion se confoml avec l'idée d'un culte payé par la nation. C'est une erreur, el la religion ne serait nullement atteinte en son fond, si elle redevenait ce qu'elle doît être, c'est-à-dire chose privée. Mais le législa1eur doit tenir compte des erreurs générales et des préjugés <lominuuts. Quand une conscience se croit blessée, c'est presque comme si elle était blessée et c'est une extrémité douloureuse que justifie seule rextrème néccs5ilé. En second lieu, il y aurait inhumanité el danger à retirer leur pension, c'est-à-dire leur unique moyen d'eAistence, au~ anciens moines et anciennes nonnes que la Rél'Olution a exclus des couvents. Les affamer serait une bar- '

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