Jean Jaurès - La Convention I

232 lllS'l'OJJ\E SOCIALIS'rE gàtée par une soulfrancc. Aussi, en i702, le vœu des pay,;ans élait-il, non point que Je curé ne fùt pas payé par fÉtal. mais c1u'une fois payé au moyen de l'imJ ôl il ne pùl exiger aucune redevance pour :es baptêmes, mariages, enterrements. c·esl cc vœu que traduisait le père Duchesne dans le numéro que j'ai cité: c'est à cc ,·œu que répondit la décision de la Commune ré,·,Jlulionnaire snpprimanl loul casuel. :\lais je ne crois pas que ce fùt iL des calcul~ d'argent qu'obéit, en cette è1uestion, la conscieuce 1iayrnnnc, ou plus exactement la conscience populaire. Elle a une autre raison, que peut-Olre elle ne disc.,.rne point clic-môme, mais qui agit profondément. Les simples sïmagincnt que si le ~rêtre n·e~t plus payé par l'l~tat, le prNre n'est plus. Cen'est pas par un acte spontané de leur e:-priL,cc n'est poinL par une adhésion indi\'iduelle de leur pensée, quïls ~e sont donnés à la foi chrétienne. lis l'ont reçue par· la tradition. Elle c:.l pour eu" quelque chose d'impersonnel et d'ancien, et la religion est une autorité quïls ce.::!:entde reconnaître, si elle ne leur vient pas de haut et du dehors. Or, quand l'État, celle autre puissance impersonnel!e, paye le prlllre, qu,:ind le culle est comme incorporé à la puissance publique, le p.iysan est aidé <lans le sentiment de vénénilion passive qui est, chez lui, toute la foi. S'il est obligé d.::ipayer lui-même les prêtres, jusque dans le détail, s'il achèle pour ainsi dirè le culte, cérémonie par cérémonie, il lui semble, par un prodigieux renversement, que c'est lui qui fait vivre le dieu inconnu dont il croit tenir la ,•ie. li lui semble qu'à subventionner ainsi, individuellement, la religion, ilen devient le matlrc; elle perd à ses yeux le caractère ct·auto1ilè extérieure el de mystère contraignant sans lequf'l il ne la reconnatl point. Et comme la religion est née en sou c.~pril non d'un acte de liberté mais d'une habitude de soumission, il lui par.dt qu'en faisant acte de liberté il fait acte dïrrcligion. J'inwgine que déjà plus d'un croyaut souffrait en nommant le prêtre à l'élection, selon le rite de la constitu lion civile; car comment le prêtre apporlera-t-il à l'indh•idu quelque chose qui le dépasse, si c'est de cet individu même que le prêtre lient son pouvoir, et reçoit son carnclère? Aussi, ce n'est ni par les grossiers marchandages d'argent imaginés par Cambon, ni par le rappel niaisement idyllique des mœurs de l'Église primitive, que l'on convertira ù la séparalion de l'Église et de l'État la fraction du peuple qui y est encore réfractaire. C'est par un idéalisme hardi. C'est en faisant honte au paysan de la sel'\'itude qui est au fond de ses pensées : Vous vous imaginez être des croyants, et vous n'êles que des esclaves. Si vous (:liez des croyants, si vous étiez profondément convaincus que la mii-èrehumaine a eu besoin, pour se rele\er, de la médiation de Dieu, si vous étiez persuadés que ce Dieu a pris forme humaine, qu'il s'est mêlé à la vie de l'humanilô et qu'il s'y pel'pétue par l'Église pour y conlinuer son action libératrice, en quoi seriez-vous scanfüilisés de payer vous-mômes le prètre quipo ur vous

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