Jean Jaurès - La Convention I

IIISTOII\G SOCIALIS'rl!: :.!17 Bourgon. au Dois-Blin. où ils rest~rent caché~ san5 jamais revenir à Villiers. Toutes les nuits il arrivait des courriers ou des principau~ chefs qui avait'nl une manière particulière de se faire connaitre et qui étaient introduit~ par e grand perron ... On conçoit combien cette vie agitée el variée avait de charme pour moi et avec quelle curiosité je descendais pour le déjeuner, stlre d'y trouver des nouveaux venus. » Mai•, malgré les précautions de la Rouerie qui s'envelopp1it, pour ainsi dire, de l'épaisseur des forêts, Je Directoire révolutionnaire d'Ille-et-Vilaine ,oupçonnail le mouvement. Le médecin Latouche-Cheflel lui permit de saisir la conspiration. Le hasard de la vie en avait fait un ami de la Rouerie, ou du moins, comme plus d'un petit bourgeois, il avait grandi à l'ombre des manoirs féodau,. Devant lui, ou plutôt avec hii, le,; conspirateurs s·c,p1iqu1lenl en Loule confiance. Mais Chertel était secrètement dévoué aux idées révolutionnaires. Est-cc par duplicité? Est-ce par faiblesse? Il n'avait pas dit un mol qui permit à tous ces nobles qu'il fréquentait, de deviner sa conviction. Quand il fut maitre du terrible secret de la Rouerie, il n'eut point la force de le porter et il courut à Pari, ré,·éler à Danton le plan des contre-révolutionnaires bretons. La France était envahie par l'étranger, el quelques-uns de ses enfants ,'apprêtaient à la livrer. Le destin el une sorte d'bumililé sournoise longtemps silencieuse avaient acculé Cbertel à ce terrible dilemme: trahir ses amis ou trahir la patrie. ,\yanl fait le premier pas, il résolut d'aller jusqu'au boul; il joua avec la Rouerie le rôle d'ami dévoué, se fil déléguer à Coblentz par les conspirateurs, cl rnivanl ainsi, jour p~r jour, Lous les !ils de la trame, il attendit, as,isté de Lallégant-~loril!on, que le complot rot à point et que les principaux meneurs fussent irrévocablement compromis pour les livrer à la Révolu lion. La Rouerie, partout où il passait, passionnait les paysans. De Laval à Saint-Brieuc, dans ces mois d'hiver de 1702-1703, il avait fail partout surgir des bandes qui huaient ou attaquaient les prMres conslitutionnPls. Il avait gagné à sa cause un ancien faux-saunier, Collcreau, qui, vivant naguère de la contrebande sur le sel, se trouva ruiné quand la Rin-ol'ution supprima l'impôt de la gabelle. f:tranges contre-coups des Révolutions qui, m•'·me en Jeurs décisions les plus légilimes, les plus nécessaires et les plus largement populaires, blessent el e.xaspèrenl bien des intérêts! Ce contrebandier, qui connaissait, pour les avoir longtemps pratiqués la nuit, tous les senLiers pPrdus sous bois ou errJnls dans les landes, était pour la Rouerie un merveilleux auxiliaire. C'est lui qui va s'appeler Jean Chouan. Grâce à lui, la disparition de la Rouerie ne sera pas, pour l'insurrection bretonne, un coup mortel. Un chef lui re,tait. C'est en janvier que la Rouerie tomba. Une nuit, le i2 janvier, comme il p1rcourail, pour le soulever, pour 1·organiser, Je pays de Dinan, Il frappa à la porte d'une moùcsle genli,hommièrc

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