Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE pables. O vous qui tenez ce langage, que n'étiez-vous dans le Sénat de Rome lorsque Cicéron dénonça la conspiralion de Catilina! vous lui auriez demandé aussi la preuve légale 1... Des preuves légales I Attendez une invasion que volrc courage repoussera sans doute, mais qui livrera au pillage el à la mort vo, départements frontières el leurs inforlunés habitants. Des preuves légales! Vous comploz donc pour rien le sang qu'elles vous coûteraient. Ah 1 prévenons plutôt les désordres qui pourraient nous les procurer. « Prenons enfin des mesures rigoureuses; ne soulîrons plus que des factieux qualifient notre générosité de faiblesse; imposons à l'Europe par la fierté ùe notre contenance; cli5sipons le fantôme de contre-révolution autour duquel vont se rallier les insensés qui la désirent; débarrassons la nation de ce bourdonnemen l d'insectes avides de son sang qui l'inqu iélenl et la fatiguent, el rendons le calme au peuple.» (Applaudissements.) El Yergniaud concluait à des mesures sévères contre Lous les émigrés, mais particulièrement contre les frères du roi, en un couplet sentimental el ému sur le roi lui-même : • On parle de la douleur profonde dont sera pénétré le roi. Brutus immola des enfants criminels à sa patrie. Le cœur de Louis XV[ ne sera pas mis à une si rude épreuve; mais il esl cligne du roi d'un peuple libre de se montrer assez grand pour acquérir la gloire de Brutus ... Si les princes se montraient insensibles aux accents de la tendresse en même Lemps qu1ls résisteraient à ses ordres, ne serait-ce pas une preul'e aux yeux de la France, eldc rEuropc que, mauvais frères el mauvais citoyens, ils sont aussi jaloux d'usurper par une contre-révolution raulorilé dont la Constitution inveslil le roi que de rcnver,er la Constitution elle-même? (l'i/s applaudissements.) • Dans celle grande occasion, leur conduite lui dévoilera le fond de leur cœur el s'il a le chagrin de n'y pas trouver les senlimenls d'amour el d·obéissance qu'ils lui doivent, qu'ardenl défenseur de la Constitution el de la liberté il s'adresse aux cœurs des Françai,: il y trouvera de quoi se dédommager de ses perles.» (Vifs applaudissements.) L'Assemblée, le 31 octobre, rendit le décret suivant : • L'Assemblée nationale considérant que l'héritier présomptif de la Couronne esl mineur el que Louis-Stanislas-Xavier, prince français, parent majeur, premier appelé à la régence, e,l absent du royaume, en exécution de rarlicle 2, de la section Ill de la Consliluliou française, déclare que LouisStanislas-Xavier, prince françai,, esl requis de rentrer dan, le royaume sous le ,lélai de deux mois, à compter du jour où la proclamation du Corps législatif aura été publiée dans la Ville de Paris, lieu actuel de ses séances. • Dans le cas où Louis-Stanislas-Xavier, prince français, ne serait pas r_entré dans le royaume à l'expiration du délai ci-dessus fixé, il sera censé avoir abdiqué son droit à la régence conformément à l'article 2 de l'acte constitutionnel.

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