Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

838 JIISTOlnE SOCIALISTE de la Hêvolution ne débordait pas; il s'était a1Taissé au contraire, et c'est de peur que la nèvolution immobilisée sur une mer plate ft\t à la merci de l'ennemi que la Gironde déchainait la guerre comme un vent de lempèle. AYec quelle étourderie! Avec quelle imprévoyance el quelle infatuation 1 Quanrl on compte, pour réaliser un plan de politique intérieure, sur les sentiment, qu·e,cilera dans le peuple l'émotion de la guerre, quand on compte sur la colère que pro\"oquera en lui la trahison, il faut s'allendre à toutes les fureurs N à tous les aveuglements; il faut avoir fait d'a1ance le sacrifice enlier de soi-même; il faut prévoir que le soupçon de trahison n'enveloppera pas seulement les traitres, mais peul-être aussi les bons citoyens; il faut èlre prOLà pardonner au peuple qu'on aura ainsi soulevé, toutes les erreurs, toutes les violences. Or les Girondins se flattaient de gou\'erner à leur aise ces sombres 0ols. Ils se nattaient de marquer au~ colères patriotiques et populaires leur limite et leur chemin. Ils ;:e croyaient les gui!les infaillibles el à Jamais souverains, les mallres du noir Océan, el ils s'imaginaient que sous leur conduite la barque de la Rholulion repa,serail aisément le Styx de la guerre, après a,oir porté aux enfers la royauté morte. La politique de la Gironde va donc se préciser ainsi. Elle ménagera le roi, pour ne pas découl'rir trop brutalement son jeu. Elle harcèle1·a el attaquera les ministres jusqu'à ce qu'elle les ail obligés à prendre à l'égard de l'étranger une altitude prorncalrice. Elle grossira les futiles incidents de frontière créés par la pré,;ence de quelques milliers d'émigrés à Coblenlz ou à Worms. Au lieu de calmer les susceptibilités nationales, elle les excitera sans cesse; el elle entrainera l'Assemblée, d'ultimatum en ullimalum, à déclarer la guerre. Elle se tiendra prèle soit à gou\erner au nom du roi, s'il se remet en ~e~ main~, soit à le rem·erser dans la grande crise de la guerre el à proclamer la République. El par un jeu d'une duplicité incroyable elle exci• Lera tout ensemble cl rassurera le pays, elle préparera la guerre en ùisanl que les puissances ne la veulent pas, ne peuvent pas la vouloir. Toul d'abord l'Assemblée, après le premier élilouisscmenl ùu discours de Brissot, parut sentir le danger, el des conseils de prudence furent donnés, Koch, député du Haut-Rhin, démontra dans la séance du 12 octobre que les rassemblements d'émigrés ne pouvaient en aucune manière constituer un danger. Yergniaud reprit, le 25, la thèse de Brissot et.affirma que pour la France de la Révolu lion la sécurité serait dans l'olfensive: • Certes je n'ai point !'in• ton lion d'étaler ici de vaines alarmes dont je suis bien éloigné d'élre frappé moi-même, Non, ils ne sont pas redoutables ces factieux aussi ridiculesqu'insolents, qui décorent leur rassemblement criminel du nom bizarre de France extéri~ure; chaque Jour leurs ressources s'épuisent. L'augmentation de leur nombre ne rail que les pousser plus rapidement vers la,pénuriela plus absolue

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