HIS'l'OIRE SOCIALISTE 831 aus,;i de raffermir l'administration pour assurer partout la libre circulallon des grains, elle pouvait fort bien, croyant ne consolider que l'ordre publlc, renforcer à l'excès le pouvoir de Louis XVI, au moment où celui-ci négociait avec l'étranger pour imposer à la France tout au moin, une Conslilution aristocratique avec une Chambre haute où la puiss1nce héréditaire de la noblesse aurait soutenu la puissance héréditaire du roi. La reine, dans une lettre du 7 décembre, con0e à Fersen qu'elle se prend à espérer dans la Législative: « Notre position est un peu meilleure et Il semble que tout ce qui s'appelle constitutionnel se rallie pour faire une grande force conlrc les républicains et les Jacobins: ils ont rangé une grande partie de la garde pour eux, surtout la garde soldée, qui sera organisée et enrégimentée sous peu de Jours. Ils sont dans les meilleures clbpo~ilion~ et brillent (le raire un massacre des Jacobins. Ceux-ci font toutes les atrocités donl ils sont capables, mais ils n'ont dans ce moment que les brigands et les scélérats pour eut; je dis dans ce moment, car d'un jour à l'autre tout change dans ce pais-ci et on ne s·y reconnait plu,. • Brissot, qui a1ail déjà senti la force presque écra,ante des modérés dans l'aosembléc électorale d~ Paris où il n·arnit ôté élu qu'à grancl'peine, ne se fai,ait pa, d'illusion sur la Législatirn. Il $avait bien qu'il serait besoin d'une terrible secousse pour la hausser de nouveau à l'énergie rèvolulionnaire. Seule une éruption violente de lave pouvait soulever l'énorme amas d'intérêts mélangé,, intérêts anciens et intérèb nouveaux, qui obstruait le cratère de la Révolution : el quelle autre 0amme que celle du patriotisme surchaulfo par la guerre pourrait faire jaillir de nouveau la force populaire, alliédie et comme 0gôe? Quelle autre force que la terreur de ce spectacle elfrayant et grandiose pourrait mater les modérés? Qmml aux ministres, ils n'étaient, au moment où commençaient les débats de la Législative, ni une garanlie pour la Ré1olulion ni une force pour le roi. On se souvient que la plupart d'entre eux (•laient entrés en fonctions depuis un an, après Je départ de Necker. Le ministère était formé d'éléments assez variés, mais également médiocres. Les plus honnéles d'entre eux, comme le garde des sceaux Duport-Dutertre, s'élaient laissé surprendre par les é1énements de Varennes. li est à peine rroyable qu'aucun indice ne leur ail ré1élé loul le plan de con~piralion et de fuite de la ramille ro~·ale. li n'y eut probablement pas trahison, mais faiblesse, incapacité, Je ne sais quelle habitude paresseuse de sentir autour de soi une intrigue de cour el de ne point faire ~IIort pour la démêler. Le ministre des Affaires étrangères, Montmorin, a1•ait un rôle particulièrement ambigu. Il avait ménagé la gauche de l'Assemblée conslituanto, et il était en fonction depuis la fin de 1789. Il était le seul du minbt.'re Necker qui rot resté à son poste, après la disgrâce du grand homme. JI servait d'intermédiaire ofOcieux entre la Constituante cl la Cour.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==