Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

806 Jl!STOII\I': SOC!.~ LTSTE EL ce qui a;oute au dé,arroi, c'est que la Cour de Rus,ic ùlilme hmlcment comme une faiblesse, comme une désertion de la cause des souverains, l'acceptation même simulée de la Gonslilution par Louis XVI: c'est donc exactement le contraire de ia lactique recommandée par l'empereur Léopold. Le baron de Steding, ambassadeur de Suède à Saint-Pétersbourg, écrit au comte de Fersen le 25 octobre (5 novembre): • Tout ce qui se fait aux Tuilerie, depuis un mois déroute tout le monde. Les Cours mal intentionnées et indécises en prennent occasion pour excuser leur inaction. Les ennemis de la monarchie applaudissent et les bons sujets du roi sont consternés. • J'imagine quelquelois que l'intention de la reine est de s'attacher le peuple pour relever l'autorité royale par les mêmes mains qui l'ont détruite ... Ce que je vous éuis n'est pas uniquement mon sentiment à moi, c'est celui de s. M. l'impératrice (Catherine de Russie) qui a une bonne tète et le jugement très juste. • • Le comte Esterhazy écrit à Fersen de Saint-Pétersbourg le 28 octobre (6 novembre) : « Nous ne nous étions pas trompés sur le ministère de l'empereur (Léopold). Il a fait du pis qu'il a pu pour nos alfaires, et on a mandé ici même, du l5 octobre que le m11rquisde Noailles (ambassadeur constitutionnel de la France) avait déjà jour pour ses audiences. La conduite de celte Coul'-ci (de Russie) est un peu difféi·ente. Elle parle hautement, mais n'agit pas encore, et la saison est un bon prétexte puisqu'on a tant retardé. La Suède professe les mêmes sentiments, mais peut-être un désir plus vif d'agir, mais pour que le succès soitsùr, les deux Cours désirent avec ardeur que l'union s'établisse entre les Tuileries et les princes ... « Expliquez-nous le peut-être du roi (Louis• XVI). S'il est de bonne foi (en acceptant la Constitution), il so. voue à l'avilissement aûx yeux de son siècle el de la postérité, et s'il trompe, il en fait trop pour pouvoir être justifié par la nécessité ou par le danger. Je voudrais du moins qu'il prouvât, par une apparence de résistance, qu'il est forcé de tenter les démarches humiliantes que l'on exige de lui. Cela donnerait des armes à ceux qui veulent le servir, même malgré lui, et n'autoriserait pas l'inaction des faibles qui ne demandent qu'un prétexte. « Je conviens que les bases de la présente Constitution sont si fausses qu'elle ne peul pas aller, mais tant qu'une force majeure ne dictera pas des lois sans égard à tout ce qui a été fait, on en gardera un peu, on détruira une partie, on en changera une autre, et de cet état inerte et incertain il résultera des désordres d'un autre genre qui produiront toujours l'anarchie et les maux qui en sont la conséquence. • Vous, mon ami, dont, ainsi que moi, le seur désir est le bien de la famine royale, employez tons vos moyens pour prouver que sans accord ou ne peut rien faire que da mal. Avant de savoir qui gouvernera la Fra~ce. mettons

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