Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOlllE SOCIALISTE 805 opération el resteraient, elles, au dehors, avec un nomhre de troupes assez considérable, pour en imposer, mais ne rien raire, pour qu'on ne puisse prendre prétexte d'une invasion et crainte do démembrement. Mais tout cela n'est pas praticable comme cela, et je crois que si l'empereur se dép(iche d'annoncer le Congrès, c'est la seule manière convenable et utile de finir tout ceci. Je n'entends point pourquoi vous désirez qu'on relève de suite les ministres et ambassadeurs (accrédités à Paris par les puissances), il me semble que ce Congrès étant censé, au moins dans le premier moment, d'être réuni tant pour les affaires qui intéressent toutes les puissances de l'Europe que pour celles de la France, il n'y a pas de raison à cette prompte retraite, et pttis est-on s111· que toutes les puissances en agfront de même et croit-on quel'Angleterre, la Hollande, conduite par elle, et la Prusse même, pour déjouer les autres, ne laissero11pt as peut-être leurs ministres? Alors, il y aurait ttne démnion dans les opinions de l'Europe qui ne pottrrait que nuire à nos affaires. Je peux me tromper: mais je crois qu'il n'y a qu'un grand accord, au moi11Sen apparence, qui puisse en imposer ici. » Il est visible qu'il n'y avait point péril immédiat pour la Révolution, qu'elle avait le temps de s'organiser, de se fortifier à l'intérieur, de déjouer les intrigues et les trahisons el peul-(ilre de sïmpo~er à l'Europe et aux rois par le prestige de sa force, sans se jeter au hasard des guerres. Quelle imprudence à Brissot el à ses amis, d'animer et de coaliser par leurs défis, par Jeurs sommations, des souverains aussi incertains et aussi divisés! Le 4 novembre encore, Fersen écrit de Bruxelles au roi de Suède: « Tout me confirme dans l'opinion que l'intention du cabinet de Vienne est de ne rien faire. Déjà il a, par ses discours, forcé le roi à sanctionner, mis les puissances du Nord, dont il craint l'entente, dans l'impos•ibilité d'agir. L'empereur vient de recevoir l'ambassadeur de France et les nou 1ellcs lettre, de créance qu'il lui a présentées; il témoigne bautement, à Vienne, le contentement sur la sanclion du roi de France, et après m'avoir dit que le seul moyen de venir au secours du roi serait une acceptation de la Constitution, sans y faire aucun changement, il présente cette môme acceptation comme une raison pour ne pas s'en mêler. Je sais, en outre, que les arrangements qui avaient été pris pour la marche des troupes viennent d'être annulés, et le comte de Mercy s'explique froidement sur la convocation d'un Congrès. » • Le prince de Kaunilz n'aime pas la France el verra avec plaisir l'abaissement de cette puissance. L'empereur est faible et se laisse mener par ses ministres, il est d'ailleurs personnellement anglais. L'empressement du roi de Prus,e à soutenir le roi les effraye; ils y voient le projet qu'il a sans doute de s'allier avec la France; le leur est sans doute de se lier avec l'Angleterre, et quelques passages d'une conver,ation que Je comte de Mercy a eue avec quelqu'un et dont j'ai eu le détail me confirment dans celle opinion.•

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