IIISTOII\E SOCIALISTE 1309 En méme temps, l'Assemblée, par des mesures vigoureuses el habiles, s'assurait l'adhésion des armées. Elle envoyait à chacune d'elles des commissaires chargés d'expliquer les événements et d'obtenir l'obéissance de lou,, généraux el soldats, à la nation souveraine. Sur leur roule, les commisslires s'arrêlaienl aux principales villes, interrogeaient l'esprit public, racontaient la journée du 10aot\t. Presqueparlout, ils furent bien accueillis.A Reim,, ils trouvèrent la ville illuminée, des feux de joie flambaient len l'honneur des fédérés vainqueurs à Paris. A Lyon, l'élan national est vif aussi. A l'armée du Rhin, les sentiments des généraux élaienl très mêlés. Kellermann et Diron étaient dévoués à la Révolution. Broglie, Calîarelli furent pleins de réticences. Carnot et ses collègues les suspendirent. A l'armée du Nord, où Dumouriez s'était rendu récemment, l'étal d'esprit était bon, et Dumouriez lui-méme écrivait à l'Assemblée une lellre d'entier dévouement. Mais à l'armée du Centre, commandée par Lafayette, un moment les difficullés furent graves. Lafayelle avait persuadé au, troupes que le 10 aoùl n'était qu'un coup de main des factieux de Marseille; que l'Assemblée n'avait décidé la suspension du roi que sous la menace des baïonnettes; que la municipalité faisait égorger systématiquement tous les 'Suisses, tous les bons citoyens, qu'il y avait entente entre les insurgés de Paris et les puissances étrangères qui, par eux, désorganisaient la France, qu'à la place de Louis XVI.les factieux allaient installer sur le trône le maire de Paris, « le roi Pélion ». Etait-ce pour détendre la couronne du roi Pélion qu'ils allaient verser leur sang? Lafayette persuada en out,e au directoire des Ardennes el aux administrateurs de Sedan que les trois commissaires de l'Assemblée, Anlonellc, Perahli, Ker,aint, ne pou l'aient Olre que les instruments des factieux et des factieux eux-mêmes. Dès leur arril'ée, ils furent arrêtés et emprisonnés au chàteau. ~lais que pouvait Lafayette? Il aurait fallu marcher sur Paris en entrainant son armée. Or, déjà de grandes villes comme Reims étaient résolues à lui barrer la route. D'ailleurs ses soldats, troublés, inquiets, avaient, dans le camp où on les isolait, l'impression qu'on ne leur disait pas toute la vérité, el ils accueillaient Lafayette lui-ru,\me, qui venait passer une revue pour s'assurer de leur obéissance, par les cris, timides encore de : « ,ï,·e 1 l'Assemblée nationale! Vive la nation! » « Quoi! disaient les volontaires, nous • sommes à la frontière, et au lieu de combattre contre l'ennemi, que nous sommes venus chercher du fond de nos hameaux, c'est contre Paris que nous marcherons! » L'Assemblée envoya trois nouveau~ commissaires, Quinet, lsnard, Baudin, pour porter à l'armée du Nord et aux administrateurs Sl sommation. Elle décréta que ceux-ci lui répondraient sur leur tète de la vie des commissaires. Elle décréta d accusation Lafayette et ordonna à son armée de ne plus lui obéir. Lafayette découragé passa la frontière dans la nuit du 10 au 20 ao0t.
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