Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1310 IIISTOIRI!: SOCIALISTI!: ----------------•-•··--·•--- ---------- Heureusement pour sa gloire, l'ennemi le considérait encore comme un des hommes de la Révolution. Il rut arrêté el, pour de longues années, jeté dans les prisons de l'Autricne. Dumouriez fut nommé au commandement de l'armée du Centre, et il l'anima tout de suite de son esprit conflanl, de son activité allùgre. « Enfln, disaient les soldats, nous allons marcher! • Ainsi, la Révolution du 10 août lut bientôt acceptée et même acclamée. L1 Constitution de 1701 avait vécu : la République allait naitre. Que de çhemin parcouru en trois années! En 1780, tous les députés, tous les constituants soul royalistes. 'l'ous veulent concilier le droit idéal el éternel de l'homme, le droit souverain de la nation, avec le droit historique de la monarchie. Il est parmi eux des modérés, qui s'cITraient vile à la pensée de tro1l ébranler la royauté. A la droite de ce groupe, est Malouel; à sa gau~he, est Laf.,yette. li y a ceux qu·on pour,ait appeler les radicaux constitutiounels qui, pour détruire à fond le privilège no!Jiliaire et assurer le gouvernement tléfinilif ùe la bourgeoisie ·1évolulionnaire, semblent un moment se livrer tout entiers aux passions du 1ieuple, harcèlent la royauté cl veulent, pour employer re.~pression anglaise, en limiter le plus po;si!Jle la prérogative. Ce groupe, qui va de Barnave à Duport, ébranle la monarchie; mais il ne veut pas la déraciner. li coquelle avec la démocratie, et Duport va môme jusqu·à proposer le suITrage universel; mais le groupe en son ensemble est surloùt préoccupé ùïnstaller la puissance bourgeoi:;c. li va 1ers le peuple juste autant IJU'il est nécessaire pour intimider cl contenir la monarchie: il veut retenir de la monarchie juste ce qui est nécessaire pour préserver des éléments « anarchique, • le g,JUvernement naissant de la bourgeoisie éclairée. Au delà est le parti des démocrates avec Robespierre. Ceux-là ne ,ïngénicnt pas à doser, si je puis dire, les allrilmtio11s de la royauté et de la nation. Ç'est la nation qu'ils ant en ,ue. c·est à elle qu'ils veulent assurer un droit plein : à tous les citoyens un fusil, à tou; les citoyens le droit de vote; et qu'aucun veto, probi!Jilir ou simplement suspensif, ne limite la souveraineté du peuple représenté par ses délégu9,. Quant à la royauté, elle retiendra tout le pouvoir compatible avec l'exercice entier du droit démocratique : elle sera la gardienne, l'exécutrice de la volonté nationale; cl le poids, malgré tout su!J,istanl, de son pril•ilè 00 hiolO• rique, n'aura d'autre effet que de prévenir l'envahissement du pouvoir central par les faclions étourdies ou par les usurpateurs populaires. JI sembla un moment que le génie de Mirabeau, cherchant à concilier la plénitude de l'action royale et la pléniluùe du droit populaire, planait audessus des partis. 11 espérait, par la largeur de son vol rapide et circulaire, enfermer, poÛr ainsi dire, tout l'espace et lier les extrémités contraires de l'horizon. L'aigle inquiétant el solitaire qui portait si haut, vers le soleil et vers la gloire, ses ambitions el ses misères, tomba en un Jour, frappé par la

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