Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lllS'fülRE SOCIALISTE 1275 avait parlé de meltre à exéculion la loi marliale. Il y avait dans la salle des délibéralions des commissaires plusicul's drapeaux r,.uges dans les éluis. Le brave Lazowsky, depuis viclimè par les nounaux IJl'igands qui remplacèrent la Cour. el Chaumelle découvrent parmi ces rlrapcaux· le drapeau rouge. • 0 ciel, s'écrient-ils, le voilà; le voilà I oui, le drapeau 1·0119e ! Il est encore • .ei11tdu s4ng des patriotes massacrés au Champ de .1/ars ! • Au,silàt Loule l'Assemblée se lève cl crie d'un mou"ement unanime : • Ils seront veng"sl Périssent la loi martiale et ses autem·s ! • • Les deux citoyens qui avaient découvert ce drapeau furent chargés de Je porter au corps municipal, alors assemblé, et de le fol'cer à le porler·autrn part. En entrant dans la salle du corps municipal, les deux envoy,\s, pou,sé; par un mouvemenl subit d'indignation, déchirèrent ce drapeau en s'écriant : • 1'e11ecl,e voici, c'est un parricide, qu'on le couse dans un sac et qu'il soit feté à la ,·ivière. • • Ce corps municipal, composé en grande partie de conlre-révolulionnaires, d'amis de Lafayette el surtout de la loi martiale; ce corps municipal qui avait résisté audacieusement à la pulJlicilé des séances du Conseil général (de la Commune) el qui, conlre le vœu des citoyens ùe Paris, a,·ail eu lïmprudence de conserver dans le lieu de ses séances les bu~les de Bailly, de Lafayelle el de Louis XVI comme pierres d'attente à la contre-ré\'Olulion, le corps municipal, dis-je, resta ,Lupéfait el comme pétrifié. ,, Ainsi, ces hommes, en leurs fureur et exaltation révolutionnaires, toujours prêts à donner leur vie pour la liberté, se sentaient comme emportés par leur sinc,rité même au-dessus de toutes les autorités fégale,, au-dessus de l'AssemlJléc législative, bavarde, mêlée el impuissante, au-dessus du corps municipal animé de l'esprit feuillant. EL si, pour transmettre à la Législative leur volonté de déchéance l'Oyale, ils respectaient encore les formes légales et usaient de l'intermédiaire du maire Pétion, c'était dans le ferme dessein de ne point s'immobiliser en une légalité désormais suspecte, el de ne point se lier aux hésit,1tions ùe Pétion lui-même. Pétion déclara donc, au nom des sections frémissantes, que la commune de Paris venait dénoncer à l'Assemblée nationale Je chef du pouvoir exécutif. li rappela,« sans amertume et sans ménagements pusillanimes », Iesbienfails de la nalion envers Louis XVI, les ingratiludes et les fourberies de celui-ci. Il dénonça en une formule assez heureuse les directoires des départements qui se faisaient les complices de Louis XVI et qui • en déclamant contre les républicains, semblent vouloir organiser la France m ,·épublique fédérative ». Et se tournant vers les périls extérieurs : • Au dehors, dit-il, des armées ennemies menacent notre territoire. Deux despotes publient contre la nation française un manifeste aussi insolent qu'absurde. Des Français parricides,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==