Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1206 li lSTOJn E SOCIALISTE enlratncr, à rcpéler que c'était une manifestation pacifique qu'ils organisaient. Le directoire du département, lrès effrayé, envoyait au maire Pélion lellre sur lettre pour raverlir du mouvement qui se préparait, el lui demander de réquisitionner au besoin les troupes de ligne. Pélion, élu des faubourgs, ami des démocrates el des Girondins, se dérobait. Comme maire, il ne pouvait seconder un mouvement rél'olulionnaire el illégal. Mais il ne voulait pa~ s'y opposer par la force et il éludait les instances du directoire. Ainsi, à d6raut d'une autorisation légale, jes chefs du mouvement avaient-ils pour eu, la complaisance secrète et les ignorances volontaires du maire jacobin. Pourtant, il ne pou vail E'abstenir enlièrcmenl. Pour couvrir sa respomahilito, il donnait des ordres. Mais ou bien ces ordres étaient puérils, comme lorsqu'il réquisitionnait la force armée pour empêcher le peuple de douper dans la cour du Couvent de Sainle-Croix les peupliers donl il voulait faire des arhrPs de mai. Ou bien ils élaient lardifs, comme lorsqu'il lance le 20 juin, à minuit, l'orclre de rassembler la garde nationale. En fail, il se borna à indler le commanrlant, le Hl juin, à douùler les postes des Tuileries. Dès le 10, l'orage grondait, el il était certain que la journée du lendemain serait 6mouvante. Les faubourgs paraissaient résolus à marcher, el une sorte de souffle chaud pa~saiLsur l'Assemblée, qui lui venait du Midi arclent. )far,eille était en efîerl'esccnce révolulionnairc. Les patrh1tes marseillais aclressèrcnl à la Législative une adresse qui ful lue par Cami on, le 19 juin, à la séance du soir : • Législateurs, la liberté française est en péril : les hommes lil.H:tisdu Midi se lèvent pou1· la Mfenùre. • Le jour de la colère du peuple est arrivé. ( Vifs applaudisseme11ts à gauche et dans les tribunes.) Ce peuple, qu'on a toujours voulu égorger ou enchainer, las de parer des coups, à son tour esl près d'en porter; las de déjouer des conspirations, il a jelé un regard terrible sur les conspirateurs. Cc lion généreux, mais aujourd'hui trop courroucé, va sortir de son repos pour s'élat)cer contre la meule de ses ennemi~. « Favorisez ccÎ mouvement belliqueux, vous qui éles les con<lucleurs, comme les représentants, du peuple; l'Ous qui avez à vous sauver ou à périr avec lui. La force populaire fait toute YOtre force; vous l'avez en mains, employez-la. Une trop longue contrainte pourrait l'affaiblir ou l'agacer. Plus de qnarlicr, puisque nous n'en avons aucun à attendre. Une lu!Le entre le des, olisme el la liberté ne peut être qu'un combat à mort; car, si la liberté est générale, le despotisme sera tôt ou tard son assassin. Qui pense aulren,ent csl un insensé, qui ne connait ni l'histoire, ni le cœur humain, ni l'infernal machiavélisme de la tyrannie. • Représentants, le patriotisme vous demande un décret, qui nous autorise à morcher avec des forces plus imposantes que cellee que voue venes 4e

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