Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOlflE SOCIALISTE 1187 tinuent leurs négociations occultes avec la Cour de Vienne. [ls étaient misérablement dupes de )1arie-Autoinette qui leur laissait croire qu'ell~ approuvait leur suprême tentative conciliante, et qu'elle ne demandait aux souverains que d'assurer l'application honnèle de la Constitution. Le 7 juin, Marie-Antoinette écrit à Persen : (En chiffre). Mes constit. (les const:lutionnels) font pa,.tir un lwmmr pour Vienne, il passera par Bruxelles ,,il faut prrvenir M. de Mrrcy de le traiter comme s'il était annoncé el recommandi' par la Reine, de nlqocier avec fui dans le sens du mémoire que je lui ai remis. On disire qu'il écrice à l'ie1111peour l'annonce,·, ... et dire qu'on se tient au plan fait par les cours de Vienne et de Berlin, mais qu'il est nécessafre de paraitre entrer dans les vues du constitutionnel et de persuader surtout que c·esl d'ap,·ès ies ,,œux et les demandes de la Ueine; ces mesures sont très-nicessaires. Dites à Al. de .llercy qu'on ne peut pas lui écrire, parce qu'on est trop observé. » (En clair). « Voilà la situation de vos affaires avec Doscary ctChol, dont je vous ai appris la faillite cl.ms ma dernière lettre. J'altends des nOU\elles de la Rochelle pour vous mander où vous en ètes avec Daniel Gareché et Jacques Guibert; ce que je sais, c'est que leur faillite n·e~l pas très-comirltrable. Yous auriez mieux fait, comme je vous l'avais conseillé, d'acheter du bien du clergé que de placer vos fonds chez des banquiers. Si vous 1·oulrz, je placerai de celle manière ceux qui vont vous entrer dans le mois prochain. J'ai reçu ., VOS no• 7 et 8. • Quel imbroglio tragique I Dans de prétendues communications de fi. nancc sont insérés les me,soges de trahison. Et )larie-Anloinctte s'acharne à leurrer les constitutionnels: clic avertit qu'on se garde bien de les détromper à Vienne. li faut qu'ils continuent à croire que le roi el la reine, délivrés par l'étranger, gouverneront a, ec la Con5titulion. Ainsi leur illusion amortira sans dont,, le premier cboc donné aux esprits par l'invasion. La reine espère qu'ils entretiendront une sorte d'attente confiante qui favorisera la marche de l'étranger sur Paris. Encore une fois, au moment où le roi et la reine jouent ce jeu si compliqué, pourquoi hésitent-ils à essayer de duper les Girondins comme ils dupent les Constilulionnels î Pourquoi ne prolongent-ils pas, en sanctionnant les décrets, le crédit révolutionnaire dont ils onl besoin? li se peut que le ton de la lettre de Roland ait paru inlolérableà Louis XVI donL la fierté avait do brusques réveils. Il est probable aussi que livrer les prêtres, même par une sanction for~ée el toute provisoire, lui appa~aissait comme une sorte d'impiété. Enfin, le projet d'un camp révolutionnaire lui apparaissaiL comme une manœavre des Girondins pour envelopper le Roi, eL l'enlever de Paris.

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