Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE 1156 sciences plus ù'hommes capahles de contribuer a leur~ progrèo, mais en~ore de di111inuer cette inégulité qui nall ùe la dilîérence des fortunes, de mêler eulre elles les classes que celle diliéronce tend à séparer. L'ordre de la nature n'établit dans la société d'autre inégalité que celle de l'instruction et de la richesse, el en éleodaol lïnslruction vousatraiblire.z à la fois les e!Iets de ces deux c.,u,~s de distinction. L'avantage de l'instruction, moins exclusi 1emenl réuni à celui de l'opulence, deviendra.moins sensible el ne pourra plus être dangereu,; celui de nallre riche sera balancé par !"égalité, par la supériorilé même des lumières que doil'ent naturellement obt.•nir ceux qui ont un motif de plus ll'en acquérir. • !Jh'ler les classes: l'idéal de Condorcet, si grand qu'il soil à cette date, ne va 1.a~au d~Jà. Mais uu nouveau progrès de Justice révélera à la pensée humaine qu'il ne faut point les mêler, mais les abolir. Ce mélange même, Condorcet ne peut l'espérer que pour quelques-uns des éléments des deux cla;ses; car comment dans l'ensemble, les pauvres, privés de moyens de culture prolongle, pourront-ils racheter par la supériorité des lumières l'infériorité de richesse? llhlgré tout, c·est le peuple tout entier qui est appelé par Condorcet, par le grand ami de Turgot el de Vollaire, par le noble héritier de h science et de la philosophie du Hm' siècle, c'est le peuple tout entier qui e,t appelé à ce comruenC('menl de lumière, et sollicité ,ers les hauts ,ommel~ de la pensile. Comment le l'euple ne se sentirait-il pa~ plus fort pour l'œuvre ré,·olutionoaire, plus confiant en lui-même après cc sublime appel? Ainsi, de la philoso1,hie au, prolétaires, il y a,ait comme un échange de force el de confiance. La croi:,sance du peuple mêlé à l'action aidait 11l'essor du grand rève d'uniler,elle science fait pour les hommes par n:ncyclopédic, et ce ;:rand r~ve même communiquait au peuple plus de fierté, 1,111, l'él n pour l'action. Mais par sa participation plus acli,e !ou, l,•s jours et plus véhémente à la lléfense de la liberté et du sol, le peuple au-si alflrmail st force el élargissait ,on droit à la Ré,olutioo. Comment la rlbtinctinn 1,olitiquc d, s citoiens actif:; et des citoyens passifs pourrait-elle résister longlcmp, lorsque les cito)ens passif,, appelés par la philosophie à leur part de lumière, s'olTr,lient en outre eux-m~mes pour refouler l'étr~nger? Leur puissance de générosité, d'action el de courage déborde d'embléP les cadres légaux tracés par la Révolution bourgeoise. Quand la Constituante, au départ du roi pour Varennes, put craindre une brusque agression de l'Hranger, quand la pacifit1ue el grande Assemblée qui al'ait proclamé que la France renonçait à jamais à toute guerre de conquête cl qui croyait a1oir ,1é,armé les méfiances des peuples et des rois, dut improviser des mesurcq de défense nationale contre la perlldie de Louis XVI et la complicité pré•umée de l'Europe monarchique, elle ne se résigna pas pourtant à instituer la conscription et à enrôler de force la lellllllase de France; elle ma'ntint le principe des eogaLtemcnts volonialres qui avait dominé la loi proposée, en janvier ii91, par Alexandre •

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