Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1i54 HISTOlllE SOCIALISTE Jorsqne des hommes libres trouveront auprès d'eu., les moyens de briser la dernière et :a plus honteuse de leurs chaines. • Ma's, au-dessus même des écoles primaires et secondaires conslilnant l'ensl'ifniement populaire proprement dit, Condorcet prévoit encore la perpétuelle communication de la science el de la vie. En chaque département il y aura ce que Condorcet appelle un institut, et qui correspond à ce que nous appelons aujourd'hui un lycée. El là aussi, une fois par mois, les professeurs devront donner une leçon publique ; bien mieut, les salles de classes seront om erles non seulement aux élèves, mais à des auditeurs bénévoles voulant compléter leur éducation. Tous les citoyens doivent être ainsi perpétuellement en contact avec la vérité; et comme les citoyens, les soldats doivent cultiver leur raison et leur liberté. • Dans les villes de garnison on pourra charger les professeurs d'art militaire d'ouvrir pour les soldats une conférence hebdomadaire dont le principal objet sera l'explication des lois el des règlements militaires, le soin de leur en développer l'esprit el les motifs, car {obéissance du soldat à la disciptiue ne doit plus se distinquer de la soumissio11dtt citoym à la loi; elle doit être é_qalement éclaitée, et commandée par la raison et par l'amour de la pairie avant de ntre par la force ou par la crainte de la peine. • Enfin, et c'est le dernier trait par lequel le plan de Condorcet dilTère de celui de Talleyrand, tandis que Talleyrand concentrait en son Institut national ramassé à Paris toute la haute science et tout le haut enseignement, Condorcet, tout en in,liluant au rnmmet sa Société nationale des sciences el des arts, prévoit, sous le nom de lycées, plusieurs centres, plusieurs foyers de cc que nous appelons aujourd'hui l'enseignement supérieur, Facultés ou Universités. Ainsi, de Douai, de Stra,bourg. de Dijon, de ~Ionlpellier, de Toulouse, de Poitiers, do Rennes, de Clermont-Ferrand comme de Paris une haute el libre science rayonnera sur toute la France; de la modeste clarté du hameau à la grande lumière centrale, des foyers intermédiaires de recherche et de savoir seront distribués, et tout esprit sera toujours sur le trajet d'un rayon. Voilà le plan de Condorcet el de la Législative, plus vaste, plus populaire, plus humain que celui de Talleyrand el de la Consliluan le. Sans doute, Condorcet ne prévoit même pas un ordre social pleinement égalitaire el communiste où le développement de chaque intelligence sera mesuré non par ses facultés sociales de richesse, mais par ses facultés naturelles de compréhension et d'élan, el les pensions qui permellent aux mieux doués de s'éle,er aux degrés les plus hauts de l'enseignement ne corrigent pas celle inégalité sociale fondamentale. Condorcet ne songe pas à la faire disparattre. Mais il croit qu'une large difl'usion de lumière allénuera tout au moins les inégalités. • JI importe à la prospérilé publique de donner aux classes pauvres, qui sont les ptus nombreuses, le moyen de développer leurs talents, c'est uu moyen non seulement d'assurer à la patrie plus de citoyens en état de servir, aux

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