1142 HISTOIRE SOCIALISTE rieur même de l'Etat, cherche à s'évader de l'Etat. Il rêve, pour un avenir lointain, d'un enseignement tout individuel qui serait donné par des hommes libre~, n'ayant aucun lien avec l'Eglise et aucun lien avec le pouvoir. Mais il se rend bien compte que maintenant, l'e!Tacemenl de la nation ne ferait que laisser un libre jeu à toutes les superstitions et à toutes les tyrannies. • li viendra, sans doute, un temps où les sociétés savantes instituées par l'autorité seront superflues el dès lors dangereuses, où mgme tout établissement public d'illSlruction deviendra inuiile. Ce sera celui où aucune erreur générale ne sera plus à craindre, ou toutes les causes qui a1,pellent l'intfrêt ou les préjugés au service des passions auront perdu leur influence; où les tumiùes seront 1·épandues avec égalité et sur tous les lieux d'u11 mbne territoire et dans toutes te. classes d'une même société; où toutes les sciences et toutes les applications des sciences seront également d,'livréPs du joug de toutes les superstitions et du poison des fausses doctrines, où ch,,quc homme, enfin, trouvera dans ses propres connaisrnnces, dans la rectitude de son esprit, des armes suffisantes pour repousser toutes les ruses de la chal'latanerie; mais ce temps est encore éloigné, notre objet devait être d'en préparer, d'en accélérer l'époque; el en travaillant à former ces institutions nouvelles, nous avons dû nous occuper sans cesse de hâler l'instant heureux où elles deviendront inutiles. • Quel magnifique rève d'individualisme, d'• anarchisme" intellectuel et scientifique! Plus d'autorité enseignante : ni l'Eglise, ni l'Etat, ni corps savants : la vérité jaillissant de tout esprit comme d'une source et revenant à tout esprit comme à un réservoir; toute intelligence mise en contact immédiat avec le réel, sans qu·aucun voile de superstition, sans qu'aucune tyrannie de gouvernement, sans qu'aucun prestige même de gloirn s'interpose entre la pensée libre el l'unil'ers; la science progressant par son propre ressort el se propageant d'esprit à esprit par sa seule vertu; toutes les di!Térences de niveau entre les classes abolies, de telle sorte que la vérité ne tombe pas d'un esprit sur un autre avec une force d'écrasement et de contrainte, mais se répande de conscience à conscience par une sorte de communication aisée el douce, sans chute, ni remous, ni écume trouble; c'est la plus grande vision d'humanité pensante et libre dont un homme ait fait confidence à d'autres hommes. El ce sont les paysans accablés hier sous la corvée, le dédain, les ténè• bres, ce sont les prolétaires des faubourgs généreux mais inculles, que Condorcet appelle, en ses larges rèves, à la libre communion fraternelle de la science et de la pensée: c'est la philosophie qui se fait toute à tous et qui veut enfin faire de tous-les hommes des élus. Quelle grandeur d'espérance et !le foi, quel sublime appel aux humbles non pour continuer en résignation 1·eligieuse leur humilité sociale,' mais pour les élever si haut qu'il n'y ail plu~ au-dessus cl'eux que la vérité!
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