Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

llISTOIRE SOCIALIS'ri,; 1113 C'est pour préparer la ri•ali•alion de ce granrl r've que Condorcet s'applique, tout de suite, à rlébarra•ser autant qu'il le prul. de Ioule contrainte Pl de toute entrave, la l'érilé. Mais qnPlle que ~oil •a Mfianrr du , oul'Oir politique, des institutions gouvernement1le•, il e-t bien nl,li3é de mPllrP sur l'en•eignemenl public la marque de la 11alion. El lo•,,p1'il "•mblc afîranrhir de l'action goul'er11emenlale la suprtme sociétô nation.lie qui se rp1•rute ellc-m~me, je ne suis point a•;ur~ quïl dùnne par là de• µ:aranties d,•chives à la liberté du vrai : l'esprit de caste et de coterie des .\ca émies qui ~e recrute11l elles-mômes el qui ,emblenl par'ois frap11ées de sénilité est plus contraire au, harclies•e- du vrai que ne le fut jam1i, l"Unil'er-ilé 1"Elat où arou, nl toujours, malgré tout, des force, neu,es. Le vni pr-Jhlèrne r~~te donc cdui-ci : organiser la liberté à l'intérieur mèrne de l'enseignement national. La liberté ne doit pas être une annete à la nation, un n•ruc:e où s'abrilerairnt ceu, que tyrannise !'Etal: la liberl/> doit imprt 1gner l'Etat laï 1ue ensPignant. ~!ni, la <h!fi:mcedr Conilorc•l\ l'égar,l d•• tout r,~qui imrnobili-e, son souci de tenir toujour, gran le ouverte la porte de l'a,·enir all••st •n_t,en 1702, un i:rrand essor cle l'esprit humain. Talleyrand al'ail pr~vu, il est l'rai, que les scirnces sociales se clé,·elopperaient; mai, il ne donne pas, comme Condorcet, la sensation vile que le monde est en mouvement et que la Cons· litulion m0me où la Rél'olution ,enail de résumer ses premièrrs conquêtes, e,l toute provisoire. Pour Talleyrand, la Ré\'olulion est comme un navire 1mmobile, d'où le regard décon\fe de vaste;; horizons ,er;; lesquels un jour il faudra faire voile; pour Condorcet la !\évolution est un navire en marche, dont la vibration el l'élan animent les hardiesses cle l'esprit. Or, quelle est la force qui a\'ail plus à espérer des évolutions nouvelles el des progri);; prochains, sinon le prolétariat? Comme Talleyrand, mais avec plus de précision que lui, Condorcet exproprie l'antiquité du premier rang qu'elle a,ait occupée jusque-là; aussi bien l'antiquité pa!enne que l'anliquitô chrétienne. Il me semble que Cond,,rcet n'est point assez sensible à la puissance de beauté el de raison, aisément el éternellement communicable, que contiennent l'antiquité grecque et l'antiquité romaine. Mais il a bien l'U que pour être pleinement comprises, el goOtées en leur vrai sens, les œu,·res antiques de1·aienl être replacées dans les séries historiques, expliquées et éclairées par le génie de leur temps, par les mœurs el les irditutions dont elles procèdent. li a bien vu et llieu dit qu'elles ne pouvaient plus être aujourd'hui un principe d'éducation, mais un complément d'éducation admirable pour ceux que la conscience et la Yie moderne auraient déjà formés. El peut-Oire, à ce titre, eOl-il mérité d'être compté par M. Al'red Croiset parmi ceux qui pré1,arèrent la conception historique el la vivante

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