Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE H35 qu'un minimum de savoir soit assuré à tous, au-dessus duquel s'élèveront des connaissances plus hautes. Comme Talleyrand, il ne veut pas que l'esprit humain puisse être enchainé, et il prévoit pour lui des développements indéfinis, mais c'est d'un accent plus profond et plus décisi! que celui de Talleyrand qu'il parle el de l'égalité d'éducation el de la perf~clibililé indéfinie de la ra~e humaine. • Nous avons pensé que dans ce plan d'organisation générale notre premier soin devait être de rendre, d'un côté l'édu~lion aussi égale, aussi universelle, de l'autre, aus,i complète que les circonstances pouvaient le permettre; qu'il fallait donner à tous égalemen-l l'instruction qu'il est po,sible d"étendre sur tous, mais ne refuser à aucune portion des citoyens l'in-truclion plus élevée qu'il est impossible de faire partager il la masse entière des in~ividns. établir l'une parce qu'elle est utile à ceux qui la reçoivent et l'autre parce qu'elle l'est à ceux m~mes qui ne la reçoivent pas.• « La première condition de toute inslrucliou étant de :i'en,cigner que des vérités, les établissements que la puis,ance publique y consacre, doi,ent être aussi indépendants que possible de toute autorité politique; et comme néanmoins cette indépendance ne peut être absolue, il résulte du mtlme principe qu'il ne faut tes rendre dépendants que de l'Assemblée des représrntants du peuple, parce que d, tous lrs pouvoil'.<, il est le moins corru;lt;bfe. le plus éloigne d'être entrainé par des intirtls particuliers, le plus soumis à l'influence de l'opinion générale des hommes éclairés, et surtout parce qu'étant celui de qui émanent essentiPl/e,nent tous les changements, il est dès lors le moins ennemi du progrès des lumière,, le moi~ opposé aux améliorations que ce progrès doit amener. • « :"\ous avons observé enfin, que l'instruction ne devait pas abandonner Je;, indi1 idus au moment où ils rnrtent des école-, qu'elle devait embrasser tous t,•s Ages, qu'il n·y en a l'ail aucun où il ne fùt ulile et possible d'appre drt•, et que celle -econde in,lruclion esl d'autant plus nécessaire que celle de l'en rance a été resserrée dans des bornes plus étroites. C'est là rnèrne une ùes causes de l'ignorance oü les classes pauvres de la rnciélé sont aujourdïrni plongées; la possibilité de recevoir une première inslruclion leur manquait encore moins que celle d'en conserver les avantages. • Nous n'avons pas voulu qu'un seul homme dans l'Empire pût dire '1ésormais: la loi m'assurait une eulière égalité de droits, mais on me reru,e les moyens de les coonallre. Je ne dois dépendre que de la loi, mais mon ignorance me rend Mpendant de touLce qui m'entoure. On m'a bien appris dans mon enfance ce que j'avais besoin de savoir; mais forcé de travailler pour vivre, ces premières notions se sont bienlôl etracoes, el il ne m'en reste que la doulPnr de sentir dans mon ignorance, non la volonté de la nature, mais l'injuslice <lela société. • Nous a\'ons cru que la puissance publique devail dire aux citoyens pauvres: la fortune de vos parenls n'a pu vous procurer que les connais-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==