Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1134 lllSTOlllE SOCIALISTE vie. Qu'auront à faire aYcc • le sysl~m!l moral • les aùmirables tableaux du camp ùc, barbares peints par Châteaubriand, cl qui voudrait les etraccr·? En outre, il c~l factice do ramener le drame de l'histoire à la lutte du bien et d:i ru3I, des bienfaiteurs ou des malfaiteurs de l'humanité. L'humanité sort l~ntement du chaos des passions animales, et la force fut souvent néce&- ,aire à ùompler et à discipliner la force; les concepts 'de moralité douce et ùe droit, empruntés aux époques récentes de la vie humaine, ne peuvent èlre appliqués au passé, à tout le passé, sans lui faire subir une terriblo déformali,,n. El Cvtnmenl prendre conseil, pour les temp, nouveaux, même des e~Pmples de t,onté, ù0 !1umanilé, que peuvent fournir Ir:; temps lointains? C'est dan~ des conclilions Ioules ditrérentes quo s'exerce notre action; ainsi ùes profondeur:, du temps un grand souffle ,l'cnthoti-ia, ae el <le fierté peul \é't,fr ,u qu·à nous, mais c'est un sourne incertain el errant <1uifait palpiter no, ,o:lt·s, cl qui ne les gui :e pas. EnOn, cc n'est i,;1s la ~cule action ùes Lo:..m s qui d.:trr. ine l'histoire : le. in,lit11li<1ns ,,nt leur lll 0 iqur, ks climats leur n(Cl~Silé, les vastes chocs des peuple, el des races !Pur coutre-coup iuèvi ah!.•; Cl 1'alleyta1,d oublie,le façon élran~, l'E.~,,,i<11rlesmœurs de Yoltni:·e, el !'Esprit des lois de llonlcsquieu. ~lais, malgré tout, celle co11ccplio11 morale cl ré,c,lulionnaire de l'histoire lul f,•conù,•.. \ se pa;;sionner aitHi, non plu, pour la gloire de- ch•:f, m.1is pQur la sou!îra.1ce des peuples, l'historien est i11,i11i-iblcme11tconduit à étudier de prè, les conditions succc-sive- de la ,ic burnaiae, 1,, 11.c:;ur,, les in,litulion,; el la fi ccc rie la pa,,io11 morale su,cilc la vie el la couleur. Tous les gr.1nrls hi-loriens français du xix• siècle, 1111)m1• ceux qui onl élê surtout des peintres cl !les poNes, ont fait de l'hisloi c un ,i~•ème moral el pulitique .. \nguslin Thierry, qui ranima les r.oulcu;s ùes temps I,arbar~s, cunçul en 1nùrne temps l'histoire comme la lente c, o:s-ancc cl l'a,èncmcnl du Tiers-El ,l. ~lichclcl sïd,•nlifla à !'lime même de la F,a11ce conçue par lui comme un•• force continue el une qui allait passionnément ,ers la liberté. Ainsi, l'histoire selon la Révolution, malgré son iJ(albmc moral un peu ab,lrail, portail un principe ùe pas,i,n d'où les développements les plus riches allaient jaillir, el les mulliludes mortes allaient être ap;, ·lées à la vie par la même force, par la même flamme qui appela,l Je, multitudes ,·i\'anles à la liberté. Le rapport de Talll'yrand est le magnill~ue testament intellectuel légué par 1~ Cônstiluante à la Législative. La Constituante n·eul pas le temps de le discuter, mais elle l'acclama; cl elle décida qu'il scr.iil dislrilmé aux membres de la nouvelle A,semhl{•e. c·e l Con,torcetqui des main, de Talleyrand reçut le flambeau, el la flamme soudain se nt plus large encore el plus haute. Du rapport de Talleyrand luit la Constilu 1nle en srptem!Jre 1791 au rapport de Co1v~orcetlu à la Législatirn en avril li!J:!, l'écart mesure les progrès rapides de l I Ilévolulion, de la domocralie el de h pcnFée libre. Comme Tall ..yrand, Condorcet veut que J'inslructioo soli universelle,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==