Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1136 HISTOIRE SOCIALISTE sances les plus indispensables, mais on vous assure des moyens faciles de les consener et de les étendre. Si la nature vous a donné des talents, vouspou,·ez les développer, et ils ne seront perdus ni pour vous ni pour la patrie. « Ain,i, lïnslruction doit être unh·erselle, c'est-à-dire s'étendre à tom lrs citoyens. Elle doit être répar\ie avec toute l'égalité que permellenl le, limites nécessaires de la dépense, la rlislribulion des hommes sur le territoire et le temps plus ou moins long que les enfants peuYenl y consacrer. Elledoil, dans ses divers degrés, embrasser le système entier ùes connaissances humaines, el assurer aux hommes dans tous les âges de la vie, la ra.cilité de conserver leurs connaissances el d'en acquérir de nouvelles. • Enfin aucun pouvoir public ne doit avoir ni l'autorité ni même le crédit d'emp~cher le développement rles vérités nouvelles, l'enseignement des théories contraires à sa politique partkulière ou à ses intérôts momentanés.• Visiblement, la question qui trou!Jle le plus Condorcet e,t celle-ci: Quel sera le r~ulateur de l'enseignement national? D'une part, il faut bien que la Nation intervienne, c'est elle qui construit les écoles el qui paie les matlres, c·esl elle qui a envers tous les citoyens un devoir d'ensei;;nement el d'éùucalion, et elle ne peul se désintéresser pleinement de l'enseignement qui est donné en son nom. 11ais d'autre part, si les pouvoirs politiques, organes momentanés de la volonté nationale, croient avoir intérêt à opprimer une vérité, faudra-t-il donc que celle-ci leur soit livrée sans défense? Rien qu'à poser les termes du problème, il apparait bien qu'il ne peut recevoir une solution absolue. Si compliqué qu'on imagine le système de garanties destiné à assurer la liberlé individuelle du maitre, la liberté infinie de la science en mouvement, rnns rompre le lien de l'enseignement national el de la nation ellemême, il sera toujours en défaut par quelque endroit; el à vrai dire, ce sont surtout des mœurs de liberté intellectuelle, le sens partout dé1•eloppé de la dignité de la science et du droit dela pensée qui ôteront aux pouvoirs politiques la tentation d'opprimer la vérité, comme ils Oteront aux maitres la tentation d'avilir, au delà de ce qu'exige la force du vrai, les pouvoirs en qui ils trouvent le respecl pour la liberté. Condorcet fait concourir à la nomination des matlres, pour les deux premiers degrés de l'enseignement, les membres des établissements d'enseignement d'un degré supérieur, les municipalités el les pères de famille. Au sommet, la Société nationale des Sciences el des Arts, ce que nous appelons aujourd'hui l'lnslilut, se recrutera elle-même, et c'esl sur un concours ouvert par elle que les professeurs de ce que nous appelons aujourd'hui l'enseignement supérieur, seront élus. Ainsi, Condorcet, pour les premiers degros de l'enseignement, fait, si je puis dire, une plus grande part à l'influence de la nation, des pouvoirs politiques : ce sont les municipalités, pouvoirs politiques, qui sont appelées à jouer un grand rôle dans la nomination des maitres; et, pour les écoles primaire~. le projet de décret précise • que les livres d'enseignement seront

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