Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lllSTOIRE SOCIALISTB ii33 abus, c·est l'ou vragc de la faiblesse écrivant sous les yeux, souvent sous la dictée de la tyrannie; mais cette même histoire, telle qu'on la conçoit en cc moment, peut devenir un fonds inépuisable des plus hautes instructions morales. « Que désormais s'élevant à la dignité qui lui convient, elle devienne l'histoire des peuples et 11011 plus celle d'un petit nombre de chefs; qu'inspirée par l'amour des hommes,par tmsentiment p>'o(ondpour ieursdroits,par un saint ,·espect pour leurs malheurs, elle dénonce les crimes qu'elle raconte, que loin de se dégrader par la flatterie, loin de se rendre complice par une vaine crainte, elle insulte jusqu'à la gloire toutes les fois que la gloire n'est point la vertu; que par elle une reconnaissance inépuisable soit assurée à ceux qui ont servi l'humanité avec courage, et une honte éternelle à quiconque n'a usé de sa force que pour nuire; que dans la multitude des faits qu'elle parcourt, AcToon,,ri1s ne. CA,rnox. (D'après un Jocumeo, des Archi\'tS n:uiooale1), elle se garde de chercher les droits de l'homme qui certes ne sont point là; mais qu'elle y cherche et qu'elle y découvre les moyens de les défendre que toujours on y peut trouver; que pour cela, sacrifiant cc que le temps doit dévorer, ce qui ne laisse point de trace après soi, tout cc qui est nul aux yeux de la raison, elle se borne à marquer tous les pas, tous les elTorts ,•ers le bien, vers le perfectionnement social, qui ont signalé un si grand nombre d'époques, et à faire ressortir les nombreuses conspirations de tous les genres, dirigées contre l'humanilé avec tant de suite, conçues avec tant de profondeur, et exécutées avec un succès si révoltant; qu'en un mol, le récit de ce qui fut se mêle sans cesse au sentiment énergique de ce qui devail êlre; par lei l'histoires·abrège et s'ag,·andit; elle n'est plus une conception stérile~ elle devient ttn système moral; le passé s'enchaine à l'avenir, et en apprenant à vil redan, ceux qui ont vécu, on met à profil pour le bonheur des hommes, jusqu'à la longue expérieTTcedes erreurs et des crimes. » Evidemment celle conception purement morale de l'histoire, toute en- ·tière orientée vers la Révolulion française est à certains égards faclice et étroite. L'histoire est un enseignement; mais elle esl aus,i un sprctarle. le déploiement coloré des passions humaines, et de la grande a\'Cnlure de la

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==