Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

il32 IIlSTOIUE SOCI.\LISTE où toutes les énergies mcLtraient leur empreinte, où tous les siècles restés chauds mellr;ient leur flamme. De mùme au'en cette pél'iocle la Uévolulion bourgeoise se limitait par le privilège ries citoyens actifs, mais, cependant, en appelant des millions d'hommes à la rnuveraineté, confinait à la vie populaire, de même la conception littéraire el linguistique de Talleyrand déterminait à un contenu. hourgeois le sens des mols poliLiques, mais elle accueillait la grande vie fourmillante. populaire et passionnée des lrm1;s nouveaux. L'édifice un peu froill de la Comlitulion de ïi01 s'illuminait des feux réverbérés de toute part par la passion révolutionnaire; il s'éclairait aussi des reflets lointains de la liberté antique, des chaudes couleurs de la nenaissance française, des splendeurs vigoureuses de Shakespeare, des lueurs de mélancolie et de rêve de l'Allemagne de Werther. L'aube qui éclairait le fatle des libertés nouvelles avait traversé tant d'horizons, qpe le plus simple de ses rayons se décomposait à la rencontre des ames agitées, en nuances ardentes et infinies. Talleyrand, en une vision à la fois ordonnée et éclatante, a combiné le classique et le romantique. Son rapport est comme un manifeste lilléraire étrangement vaste, parce qu'il porte en lui toute la force de la Révolution, diminuée, il est vrai, des principes de la démocratie absolue. li est sollicité à la fois, pour la langue de la Révolution, par les deux tendances en apparence contraires qui se sont disputé d'ailleurs la Révolution toute entière: le besoin de l'universalilé humaioe, le besoin de l'ardente vie nationale. li rêve, après Leibnitz, d'une langue universelle qui établirait entre tous les hommes une comrmrnication aisée, el il veut en même temps accumuler dans la langue française el sous la disciplir,e de son génie propre, toutes les richesses des autres peuples, richesses de mols, de sensations et d'images, fondues et transformées au creuset national. Talleyrand conçoit l'histoire comme un enseignement, comme un exemple: et par là il la simplifie en effet et l'organise. Il la ramène à l'étude des moyens par lesquels peul êlrè défendue ou préparée la liberté, et ainsi, en une ordo~nance toute morale, la longue chaine des événements est rattachée, et suspendue comme à un aimant, à la Déclaration des Droits de l'homme. • La Société doit enfin exciter l'homme par l'exemple, el ce moyen puissant, c'est à l'histoire qu'elle doit le demander, car l'orgueil de l'homme ~e défendra toujours de le demander à ses contemporain,. Quelle histoire sera digne de remplir cette vue morale? Aucune sans doute de celles qui existent; ce qui nous reste de celle des anciens nous o[re des fragments précieui: pour la liberté, mais ce ne sont que des fragments; ils soul trop loin de nous, aucun intérêt national ne les anime, et notre long asservissement nous a trop accoutumés à les ranger parmi les fables. La nôtre, telle qu'elle a été tracée, n'est presque partout qu'un servile hommage décerné à des

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==