Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE Darnave, et da'!s le dictionnaire même, « terminer la Révolution •· Tentative puérile ; il est aussi impossible de fixer au fond des mots le premier sens qu'ils expriment que de fixer au fond des eaux la première image qu·elles reflètent ; dans le lorro11t des mols révolutionnaires, le reflet incertain du prolétariat commençait à brouiller le superbe et glorieux reflet de la pensée bourgeoise. Mais quelle confiance avait celle-ci en elle-même, en la rectitude de ses principes et en la sOreté des premières applications qu'elle en avait faite,! Talleyrand, au nom de la Constituante, proclame qu'il suffirait de définir les mols el d'en chasser l'équivoque pour enfermer les idées, les esprits, les événements même dans le sens premirr que déterminaient les Constituants. Talleyrand, au moment même où il marquait ces .restriction;; hourgeoises et où il se préparait à exclure de notre langue ce que j'appellerais volontiers le sens robes_pierrisle, témoignait aussi le même éloignement pour l'e.prit d'aristocratie et d"ancien régime. IJ'ous les toms de servitude, d'inégalité, de privilège devaient disparaitre, en même temps que devait être exclue des mols toute tendance de démagogie. L'équilibre de la Constitution de 1791, distante à la fois de l'esprit de caste et de la pleine démocratie devait se marquer dans la langue, dans sa syntaxe, d'où toute trace de servitude devait être exclue; dans son vocabulaire, d"où toute racine de démagogie devait ôlrc extirpée. Etrange prétention d'immobiliser une langue éternellement fluirle, dans une Constitution d"un jour et déjà menacée! llfais pour atteindre à cette détermination du sen~ des mols, pour donner à chacun d'eux une signification exacte qui ne permette ni les re,lrictions de la tyrannie, ni les extensions abusives de la démagogie, il faut limiter le plus possible le nombre rles mots. Comment sans cela discipliner, ordonner une mullilude innombrable de synonymes équivoques, de mols indétcrmirés? « La vraie richesse d'une langue consiste à pouvoir tout exprimer avec peu de signes. » Il semble que nous entenrlons rléjà la vaste proscription de ces mols presség, tumultueux, que le romantisme réintégrera et rappellera, à grands Ilots, clientèle pillorcs~ue et bariolée, sous les avancées de ses maisons moyen âge, ou sous les porches de ses ca tbét!rales. li semble que Talleyrand donne ici le signal de la lutte qui, plus tarrl, s'engagera entre le classicisme révolutionnaire et le romantisme d'abord rétrograrle. « Le romar.- tisme est vaincu 1 » s'écriera le classique Blanqui, déposant son rusil un soir des journées de juillet 1830. Et voici sans doute des disciples de Taine qui s'empressent de noter que la Révolution est un suprême effort dïrléologie abstraite et qu ·ene achève dans la langue, dans les idées et dans les institutions le travail de slmplillcalion et d'appauvrissement commencé par l'esprit classique. Qu'on neseb&le

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