Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

li lSTOIRE SOCIA. LISTE HZT resser en quelque sorte la conscience des élèves à la recherche de tout ce qui est vrai (la vérité est en elîet la morale de l'esprit, comme la justice est la morale du cœur). Il importe non moins d'intéresser leur curiosilé, leur ardente émulation, en les faisant comme assister à la création des diverses connaissances dont on veut les eorichir, et en les aidant à partager sur chacune d'elles la gloire même des .inventeurs, car ce qui est du domaine de la raison universelle ne doit pas être uniquement ofrert à la mémoire; c·est à la raison de chaque individu de s'en emparer; il est mille fois prouvé qu·on ne sait réellement, qu·on ne voit clairement que ce qu·on découvre. • Talleyrand ne craint pas d·appliquer celle méthode de simplification, qui doit mettre en mouvement tous les esprits, à ce qu'il y a de plus spontané, de plus confus, de plus vaste: la langue et l'histoire. li rêve de faire de la langue lrançaise un instrument de précision si exact que tous les esprits, par la seule attention au contenu des mols, soient préservés de l'erreur. Définition rigoureuse des mots nécessaires, élimination des mots inutiles ou incertains; par là la langue alleindra à une sobriété lumineuse et à une efficacité universelle, et l'excellence de l'outil commun créera en.tre tous les ouvriers de la pensée une sorte d·égalilé préalable. · • La Révolution a valu à notre idiome une multitude de créations qui suhsisteront à jamais, puisqu'elles expriment ou ré1eillent des idées d·un intérêt qui ne peut périr, et la langue politique exisleraenlln parmi nous; mais plus les idées sont grandes et fortes, plus il importe que l'on attache un sens précis et uniforme aux signes destinés à les transmettre; car de funestes erreurs peuvent naitre d'une simple équivoque. li est donc digne de bons citoyens autant que de bons esprits, de céux qui s'intéressent à la foisau règne de la paix et au règne de la raison, de concourir par leurs efforts à écarter des mots de la langue française ces significations vagues el indéterminées, si commodes pour l'ignorance et la mauvaise foi, et qui sembJent recéler des armes toutes prêtes pour la malveillance et pour l'injustice. Ce problème très philosophique et qu·il faut généraliser le plus possible, demande du temps, une forte analyse et l'appui de l'opinion publique pour être complètement résolue. Il n'est pas indigne de l'Assemblée nationale d'en encourager la solution. • Un lei problème, auquel la création et le danger accidentel de certains mots nous ont naturellement conduits, s'est lié dans notre esprit à une aulre vue. Si la langue française a conquis de nouveaux signes et s·il importe que Ir. sens en soit bien déterminé, il faut en même temps qu'elle se délivre de cette surcharge de mots qui l'appauvri&saie11lel souvent la dégradaient. La vraie richesse d'u11elangue consiue à pouvoir exprimer tout avec force, avec clarté, mais avec peu de signes. Il faut donc que les anciennes formes obséquieuses, ces précautions timides de la faiblesse, ces souplesses d'un langage détourné qui semblait craindre que la vérité ne se montrât tout entière, [oul ee luxe imposteur et servile qui accusait notre misère, se perde dans un Jan-

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