Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1126 HISTOIRE SOClALIS'rE Peul-être Talleyrand prend-il trop aisément son parti de cette destruction. Même les erreurs de l'esprit humain sont utiles à connaitre. JI n'est pas sage d'effacer les traces embrouillées, incertaines el errantes qui marquent la longue marche de la pensée cherchant le vrai. Des œuvres les plus inrples et les plus médiocres l'esprit sagace sait extraire parfois une parcelle de vie. Même les ratures doivent èlre conservées dans le lil'Te toujours remanié, toujours surchargé, de la pensée humaine, comme, sur le manu.cri! d'un grand écrivain, elles révêjenl le tâtonnement de l'idée, l'inquiète recherche de la Corme idéale. li faut des livres substantiels el rapides qui rendent aisément communicable el assimilable à tous le savoir humain. JI faut que les intelligences éprises de vérité el de beauté, sachent se créer à elles-mêmes une bibliothèque de choix el comme un cercle familier de chef,-d'œuvre d'où le médiocre et le bas seront e1clus. Mais il convient aussi quo dans l'énorme détritus des siècles les courageux chercheurs puissent toujours rouiller. Ce qui p 1raissait hier insigniOanl ou vil à l'esprit distrait suggère brusquement une vérité nouvelle. Mais le génie conquérant de la Rérnlution se marque bien dans ces pensées de-Talleyrand. Il veut, si je puis dire, armer et équiper à la légère l'Encyclopédié pour qu'elle puisse aller dans tom les esprits, pratiquer_ tous les sentiers, entrer même aux pauvres demeures, avec le vif éclair el le Joyeux cliquetis des vérités simples el aiguê,. La méthode lui apparait, dans l'enseignement, comme un moyen de simplification cl comme un moy!n de_liberlé. Simplifier les problèmes par l'éliminalion de l'inulile, les déterminer par une analyse exacte, c'e,l permettre à tous les esprits de marcher eux-mêmes par les voies redressées el aplanies, qui ont abouti aux grandes découvertes; c·esl donc, par le perfectionnement même de la lradilion, r,irc recommencer la véril6 à chaque esprit, c'est donner aux générations nouvelles, avec la force du savoir accumul6, la Joie de l'invention appliquée même à ce que déjà l'on sait. • C'est aux méthodes à conduire lès insliluleurs dans les véritables routes, à aplanir pour eu1, à abréger le chemin difficile de l'instruction. Non seulement elles sont nécessaires aux esprits communs, le génie le plus créateur lui-mème en reçoit d'incalculables services et leur a dO.souvent ses plus hautes conceptions; car elles l'aident à franchir Lousles intervalle,, et en le conduisant rapidement aux limites de ce qui est connu, elles lui laissent sa force pour s'élancer au delà .. Enfin, pour apprécier d'un mol les méthodes, il suffira de dire que la science la plus hardie, la plus vaste dans ses applications, l'algèbre, n'est elle-même qu'une méthode Inventée par le génie pour économiser le temps el les forces de l'esprit humain ... • !\fais ce n'est pas là une simpliHcation mécanique, el Il na s'agit pas de a-éer une sorte d'automatisme intellectuel. Pour donner à l'Npril, dèl l'enfance, cc celte constante direction vers la vérité qui devient alon la passion dominante et presque exclusive de !'Ame, il importe 1011Yeraioementd'lal6•

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