Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1116 lllSTOinE SOCIALISTE qu'un législateur habitué aux affirmations solides de la scienc e, annonce une société nouvelle, une humanité sans précédent, où le libre essor des inventions et de la richesse aura comme fond, comme support el contrepoids une sorte d'aisance générale syslémaliquemenl organisée, un bien-Mre permanent el universel au-dessus duquel se joueraient les vagues changeante; de la fortune et de la vie. Il ne s'agiLpoint de solliciter, dans l'i mmense multitude pauvre, quelques hommes d'un rare courage el de les appe ler à J'épargne. li ne s'agit point d'isoler de la masse souffrante les éléments les plus actifs el de les incorporer à un ordre social oligarchique. li s'agit de donner à tous les hommes, dans une société déterminée, des garanties stabl es contre la misère sous toutes ses Cormes, cl la conception de Condorcet a d'emblée l'ampleur que prendront un siècle plus lard, dans les Etats de l'Europe industrielle, sous l'action croissante de la démocratie, du socialisme el de la classe ouvrière, les institutions ou les projets d'assurance sociale co ntre la maladie, L'accident, le chômage, lïnvalidilé. Ainsi, en ces premières ann ées de la Révolution, en même temps que le communisme de Babœuf se prép are et s'annonce par la puissance politique grandissante des prolétaires, par les p remiers essais de taxation de denrées, par les théories sur la propriété foncière et par la suspicion où les militants de la Révolution commencent à tenir la cla sse industrielle, le mutualisme, en sa formule la plus hardie el sa tendance la plus généreuse, s'annonce aussi par les paroles de Condorcet. El nous somme s à peine à trois ans de distance de ces premières journées révolutionnaires o ù c'est la bourgeoisie des rentiers qui décidait le mouvement I Comme le pro létariat a grandi vite, el comme le feu de l'action révolutionnaire a hâlé la maturation des germes! C'est un beau et vaste plan d'instruction publique universell e que Condorcet, au nom du Comité d'instruction publique, porta à la tribune de l'Assemblée le 20 avril, et qui, en un symbolisme tragique, fut In terrompu par la déclaration de guerre. C'est la grande clarté de la science et d e la raison, c'est la grande lumière du xvm• siècle qu'il veut communiquer à tous les esprits. li ne s'agit pas là d'une législalion oligarchique à construire. li n'y aura pas des ceneaux « actifs • ~t des cerveaux • passits •. Sans doute il y aura des degrés dans l'instruclion correspondant à la diversité des besoins el des conditions, mais aucun citoyen, aucun enfant de citoyen ne sera écarté par sa pauvreté de la grande el simple lumière, l'école primaire sera primitive ment ouverte à tous. La Constituante n'avait pas eu le temps de donner à la France un système d'éducation. Pressée par des travaux immenses, elle avait en somme remis à l'avenir le soin de créer une instruction nationale. Elle s'étail bornée à introduire dans la Constitution un principe très général, et à entendre, les 10, 11 et i9 septembre i 791, quelques jours à peine avant de se séparer, la lecture d'un beau travail de Talleyrand. L'article consliluUonnel, q ui contenait en germe tout un système d'éducation, disait:

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