Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

li08 li ISTOinE SOCJALIST E lentes. Lequinio ne conseille pas aux ouvrier s de demander l'abrogation de la loi Chapelier qui leur interdit de se coaliser pour élever leurs salaires. Mais il les adjure de former, si Je puis dire, une coalition d'insolence pour rabattre !"orgueil des riche~. Le prolétaire ne fermera pas les trous de s on manteau, mais à travers son manteau troué sa Oerté exigera le respec t. Et, s'il le fout, quelques paroles un peu rudes et quelques gestes impressi ls enseigneront aux riches les mœurs de l'égalité. L'inégalité sociale tempér ée par !"orgueil des sans-culottes les riches payant en altitudes complaisante s, modestes et doucereuses, la rançon de leur fortune soigneusement proté gée; la société, dhisée en deux classes: des riches lâches et dont les pauvres exploiteront la lâcheté; des pauvres hautains, prenant en grossiéretés de p ropos et de geste la revanrhe de leur misère d'ailleurs mu mise à la loi de pr opriélé: voilà le répugnant idéal que Lequinio nous propose. Tandis que da ns la société ,•raiment unie, le charme de la vie est précisément celte po litesse par laquelle tout homme assuré d'être l'éµal des autres hommes et q ue nul n'interprétera en bassesse sa complairnnce, s'ingénie à plaire, ici c'est Jar une humeur farouche que les pauvres adresseront aux riches un rappel c ontinu à l'égalité. Les riches ne descendront pas de leurs équipages, mais le prolétaire en sabots les éclaboussera de son insolence plébéienne pour qu'e n sa voiture splendide et crollée l'opulent bourgeois ne s'ahandonne pas à l'orgueil. L'insolence des haillons répondant à l'arrogance du luxe : c'est de celte, double barbarie que Lequinio compose la civilisation. Mais encore une fois, en ce miroir grotesque, si la doctrine de Robespierre est ddormée, elle garde du moins ses tra its dislinctifs. Oh! comme il est temps qu'à travers ces nuées boumes et d écevantes de fausse égalité luise le rayon communisle de Babœurl Mais, vi~iblement, Robespierre n'a caractér isé ce qu'il appelle • la loi agraire • avec tant de sévérilé et de force q ue parce qu'il a senti que les esprits, sous le coup de l'ébranlement révolu lionnaire, et sous l'exemple des grandes mutations et transformations de la propriété, pourraient bien concevoir ou rêver une transformation plus profonde qui meltrait Ioule la terre aux mains de ceux qui la cultivent. Que ,•alait une idée aussi informe encore et à laquelle les plus hardis comme le curé Dolivier ne fai,aient encore que des allusions timides et obscure s? li est impossible et d'ailleurs inutile de le rechercher. Et Je ne retiens que l'indice d'un profond travail populaire qui peu à peu creusait le sol et qui pouvait brusqueme nt menacer les racines mêmes de la propriété bourgeoise. Robespierre, à la suite des pages que j'ai commentées, reproduit la pétition des habitants d'Etampes; il reproduit ausRi quelques-unes des notes du curé Dolivier, mais pas la note étendue où il commence à préciser ses vues sur • la propriété foncière partielle • c'est-à-dire sur 1 appropriation individuelle de la terre.

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