Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IIISTOIHE SOCIALISTE 1109 Ainsi, dans la conscience de la Ré,·o\ution, c'est une notion puissante el complexe de la propriété qui se forme dès 1792. Avant tout, cela est clair, la Révolulion affirme, affranchit la propriété individuelle. Elle la forlifle en la libérant de l'arbitraire de l'ancien régime. Nile revenu ne pourra être alleinl par l'imp0I sans que la Nation l'ail consenti: ni les rentes placées sous la sauvegarde de la foi nationale ne pourront être réduites àla volonté d'un ministère banqueroutier. De ce qui Mail flottant, ambigu, menacé, la Révolution fait une propriété précise, garantie el certaine. De plus, elle grandit la propriété individuelle ~n transléranl à des individus tout ce qui était propriété corporative, propriété des corporations d' Arts etMétiers, propriété ù'Église; el elle est tentée de transférer à des individus pour les partager, même les biens des communautés. Celle propriété individuelle est affranchie de toutes les servitudes qui grevaient, de toutes les conditions qui limitaient la propriété d'ancien régime. L'Église possédait sousconditio,,s; lesindividusqui se répartissent son domaine possèdent sans conditions. C'est l'État qui a assumé à leur place l'entretien du culte; il a pris le passif de l'Église, il laisse aux particuliers l'actif net. De même la propriété paysanne est libérée et comme nelloyéc de toutes les servitudes et redevances féodales, ou du moins c'est le Lerme prochain du mou,-ement paysan el révolutionnaire. Ainsi il y a une immense affirmation el glorification de la propriété individuelle, elle ne sera grevée désormais que par l'etrel du contrai intervenant d'individu à individu: et l'hypothèque sera la pointe par laquelle une propriété individuelle s'engage el s'enfonce dans une autre propriété individuelle. Elle ne sera point une immortelle servitude de caste ou une condition restrictive imposée à la propriété. Mais de même que l'individu libéré des liens féodaux, ecclésiastiques et corporatirs, se trouve seul et libre en race de la Nation, c'est aussi en face de la Nation que se trouve la propriété individuelle. C'est en la Nalion et par elle que la propriété existe; c'est dans la volonté nationale qu'elle a son fondement, c'est dans le contrat essentiel par lequel tous les citoyens sont formés en corps de nation qu'est contenue la garantie de tous les contrats, y compris celui de propriété. D'où celle conséquence qu'en aucun cas, même le contrat de propriété ne peul prévaloir contre l'intérêt supérieur, con Ire le droit à la vie de la Nalion. Ainsi la Nation a un droit éminent sur la propriété. De même, si je puis dire, la Révolution a un droit sur la propriété. C'est la Révolution qui l'affr~nchil. c·esl môme, en un sens, la Révolution qui l'a constituée, car une propriété soumise à l'arbitraire du Roi el à tous les prélèvements violents et iniques des privilégiés n'est plus la propriété. La Révolulion qui sauve el même qui crée la propriété a donc le droit d'exiger de la propriété tous les sacrillces nécessaires au salut de la Révolu lion elle-même. Elle peul d_'abord et elle doit exiger de la propriété tout ce qu'exigent les principes mêmes de la Révolution, et comme les Droits de l'hùmme ne seraient plus qu'une parodie sacrilège d'humanité, s'il y avait dans la Nation des hommes voués à la mort

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