Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE i103 son salut; c·esl que le plus glorieux Jour de notre histoire ful celui où il immola, sur l'autel de la patrie, quinze cents citoyens paisibles, hommes, femmes, enfants, vieillards; bien pénétrés d'ailleurs de cette mati me antique, que lfl peuple esl un monstre indompté, toujours prêt à dévorer les honnêtes gens, si on ne le tienl à la chaine et si on n'a l'attention de le fusiller de temps en Lemps.;que, par conséquent, tous ceux qui réclament des droits ne sonl que des factieux el des artisan, de sédition. Ils croient que le ciel créa le genre humain pour les seuls plaisirs des rois, des nobles, des gens de lois et de, agioteurs; ils pensent que de toute éternité Dieu courba le dos des uns pour porter des fardeaux, el forma le, épaules des autres pour porter des épaulettes d'or. • Dans un ,lyle étudié el décent, c'est plus violent de ton et plus amer que le père Duclies11e. On dirait que la puissance de l'oligarchie bourgeoise qui a éliminé du droit de suffrage el exclu de la garde nationale armée le peuple pauvre, apparait à Robespierre comme éternelle, tant sa colère est Apreet presque désespérée. Et pourtant ce peuple qu'on opprime el qu'on a, ilil en lui refusnnt les droits accaparés par les riches, est la véritable ressource de la Ré\'olution. • La mas•e de la nation est bonne et digne de la lil)erlé; son véritable vœu est toujours l'oracle de la justice et l'expre,sion de l'inlérH général. On peut corrompre une corporation particulière, de quelque nom imposant qu'elle soit décorée, comme on peut empoisonner une eau croupi«anle: mais on ne peul corrompre une nation p1r la raison que l'on ne saurait empoisonner l'océan. Le peuple, cette classe immense el laborieuse, à qui l'orgueil r6servc cc nom au'(usle qu'il croit avilir, le peuple n·e~l poinl atteint par les cause, de déprarnlion qui perdent ce qu'on appelle les conditions supérieures. • L'i11térêl des faibles, c'est la justice; c'est pour eux que des lois humaines el impartiales sont une sauvegarde nécessaire; elles ne sont un frein incommode que pour les hommes puis•anls qui les bravent si facilement. ... C•s vils égotstes, ces infâmes conspirateurs ont pour eux la puissance, les tré-ors, la force, les armes; le peuple n'a que sa mi•ère et la justice céleste. .. .Yoilà l'état de cé grand procès que nous plaidons à la race de l'univers. • Singulière conception, à la fois démocratique el rétrt>grade. Oui, il est vrai que dans la soriélé les lois doivent venir au secours des raibles. Elles doivent raire contre-poids à la puissance toujours active de la propriété, de la richesse, de la science subtile et exploiteuse. ~ais pourquoi ne pas prévoir une société où il n'y aurait plus • des faibles•? Pourquoi considérer la richesse comme corruptrice essentiellement, au lieu de chercher à assurer la participation de tous aux forces el aux joies de la vie? Quoi! il apparall à llobespierre que l'égotsmede la propriété détourne les privilégiés de la Révolulloo, leur fait perdre le sens des Droits de l'Homme, et il ne fait pa~ etTorl

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==