1103 llJSTOIRE SOCIALISTE testa contre toute idée de loi agraire avec une insistance qui témoigne qu'il n'était pas tout à fait sans inquiétude. Evidemment, il ne craignait pas que la loi agraire devint le programme de la Révolution, mais il craignait que celle idée d"une nouvelle répartition de la propriété foncière fit assez de progrès dans les esprits pour que la contrerérnlulion en pill tirer des moyens de panique et pour que la Révolution elle-môme fôt obligée de réprimer un mouvement qu'elle n'aurait pas prévenu assez tôt. JI di,lingue, dans le mouvement révolutionnaire, deux classes d'hommes: il y a d'un côté les riches, les possédants, qui se laissent bien vile gagner par l'égoïsme et qui onl peur de l'égalité. lly a ensuite le peuple généreux et bon. C'est donc sur le peuple qu'il faut s'appuyer pour dérendre el compléter la Révolu lion. El la R6volulion reconnallra ce service par l'égalité des droits poliliques assurés à tous, par de bonnes lois d'assistance el d'assurance, par des mesures rigoureuses contre les accapareurs cl agioteurs: mais elle ne touchera pas et ne laissera pas loucher à la propl'iété. c·est dans le n• 4 de son journal, le Défenseur de la Constitution., que Robespierre développa avec un soin particulier sa conception sociale. • Depuis le boutiquier aisé jusqu'au superbe patricien, 'depuis l'avocat jusqu'à l'ancien duc et pair, presque tous semblent vouloir conserver le privilège de mépriser l'humanité sous le nom de peuple. lis aiment mieux avoir des maitres que de voir multiplier leurs égaux; servir, pour opprimer en s01i;-or1lre, leur parall une plu;; belle destinée, que la liberté partagée a,ec leurs conciloyeos. Que leur importent cl la dignité de l'homme et la gloire de la pat1·ieet le bonheur des 1acrs futures? Que l'univers périsse ou que le genre humain soit malheureux pendant la durée des siècles, pourvu qu'ils puissent ètre honorés s~ns vertus, illustres sans talents, et que, chaque jour, leurs richesses puissent croitre avec leur corruption et avec la misère puhlique. Allez prêcher le culte de la liberté à ces spéculateurs avides, qui ne connaissent que les autels de Plutus. Tout ce qui les intéresse, c'est de savoir en quelle proportion le système actuel de nos finances peut accroitre, à diaque instant du jour, les intér~ls de leurs capitaux. Cesel'vice même que la Rl-volution a 1·end1t à leur cupidité 11epeul les réconcilier avec elle. li fallait qu'elle se bomâl précisément à augmenter leur fortune; ils ne lui pardonnent pas d'avoir répandu parmi nous quelques principes de philosophie el donné quelque élan aux caractères généreux. • Tout ce qu'ils connaissent de la politique nouvelle, c'est que tout était perdu dès le moment où Paris eut pris la Bastille, quoique le peuple tout puissant eill au même instant repris une altitude paisible, si un marquis (Larayelle) n'était venu instituer un état-majo_r et une corporation militaire h1-illanled'épaulettes, à la place de la garde innombrable des citoyens armés; c'est que c'est à ce héros qu'ils doivent la paix de leur comptoir, el la France
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