ii04 lllSTOlnE SOCIALISTE pour que la propriélô elle-même, cessanl d'être un pril'ilège, s e confonde pour ainsi dire a,·ec J"humanilé ! Il semble considérer que c la misère • du pruple esl la condition de son ùésintére,scmenl. El on dirail qu' il applique à la Ré,·olulion le mol de l'Ernngile: • Les paunes seuls entrero nt dans le royaume de Dieu 1 • Faut-il donc décour3ger l'humanité de chercher la richosse, c'est -à-dire de multiplier ses prises sur la nature el la vie? Robespierre ne rose pas directement, mais il surveille la mon Léedes richesses d'un regard inqu iet comme la crue d'un Oeuve menaçant. Faul-il décourager le peuplo de prétendre à la richesse devenue enfin commune et humaine? On ne sail ; et Robespierre semble s'arr êter à une sociHé 3igre el morose où la richesse croissante des uns ne sera pas abolie, mais contrôlée el équilibrée par le pouvoir politique d'une mas se défiante el pauvre. Il y a, dans toute la pensée de Robespierre, comme dans celle de Jea nJacquPs, un mélange trouble et amer de démocratie el de ch ristianisme reslrictil'. Son idéal exclul à la fois le communisme el la riche,se, mais celle-ci est tolérée en fait comme une fâcheuse nécessité. C'était fausser et comprimer tous les ressorts. C'était arrêter J"é lan des classes possédantes vers la grande fortune et la grande action. C'é tait arrêter l'élan du peuple vers l'entière justice sociale. Il y a, dans la pensée de Robespierre, un singulier mélange d'optimisme et de pessimisme: op timisme en ce qui touche la valeur morale du peuple, pessimisme en ce qui louche rorganisalion égalitaire de la propriété. Il n'est pas vrai que les pauvres, les souffrants, les dépendants soient protégés par leur faiblesse même el leur misère, contre l'égohme el la dépravation. D'abord, ils ont troµ souvent la paresse d'esprit el de cœur qui s'accommode à la servitude, la passililé, ou même le dédain pour les généreux el!orts d'émancipation. Et, trop souvent aussi, ils sont à la merci des faveurs inégales que répandent les pri1ilégié1 pour divi~er ceux qu'ils oppriment. li y a je ne sais quelle combinaison désagréable de Oagornerie et de rouerie à <lire au peuple:• Tu es vertueux parce que lu es faible, tu es désin - téressé parce que lu es pauvre, tu es pur parce que tu es impui,san t », cl à le consoler ainsi de la misère éternelle par l'éternelle vertu. Rétablir la balance sociale en mettant tout I&vice du côté de la richesse, toute la ve rtu du côté de la pauvreté, c'esl une illusion ou un mensonge, une natv elé ou un calcul. Cessez d'envier ceux qui possèdent parce que vous possédez plus qu'eus les tré,or, de l'âme : c'est une transposition Intolérable cle l'Evangile au1 sociétés modernes, que cette sorte de pharisaïsme à la fois démagogique et conservateur détournerait de leur voie.
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