Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE i0î7 même, qui avait hésité à la résoudre. La Législative avait décrété le 13 décembre que les créanciers de l'Etat ne pourraient toucher les arrérages de leurs rentes que s"ils faisaient la preuve qu'ils résidaient dans le royaume depuis six mois au moins. C'était le séquestre mis sur une partie des biens mobiliers. Restait la grande question des biens fonciers. Ici encore, comme pour les décrets du 4 août, il semble que ce sont les mouvements spontanés des campagnes qni hâtèrent les décisions de l'Assemblée. Au moment où les paysans voyaient procéder à la vente des biens d'église nationalisés, au moment où ils entendaient dénoncer les nobles émigrés comme des traitres à la pairie, la tentation devait leur venir naturellement de mettre la main sur les biens de ces traitres, de se partager leurs terres et les dépouilles du château. Quoi 1 ces hommes qui nous ont si souvent opprimés el exploités, qui nous ont volé les biens communaux, qui nous ont accablés pendant des siècles de dimes et de taxes sont allés à l'étranger, ils se préparent à porter les armes contre la France, contre la Révolution! Et, vainqueurs, ils appesantiraient de nouveau sur nous l'antique joug! Ils se ser\'iraient même, pour nous comballre et nous ramener en servitude, du revenu de ces biens que si longtemps, pauvres corvéables, nous travaillâmes pour eux! Saisissons-les. Peut-être aussi, les paysans se disaient-ils, que si les biens des émigrés étaient nationalisés comme les biens d"église, ils seraient mis en vente, et que seuls les cullivateurs aisés et les riches bourgeois pourraient en acquérir des parties. Ne l'alait-il pas mieux procéder spontanément à une sorte de répartition? C'est la crainte de ce mouvement paysan qui amena Lamarque à la tribune le 21 janvier 1î92. • La mesure que je vous propose, messieurs, c'est le séquestre <lesbiens de tous les traitres conjurés contre la Constitution et l"Etat. Hâlezvous d'annoncer dans les départements que ceux qui, par leurs complots, auront nécessité la guerre, en payeront les frais, et que les citoyens qui en supporteront les fatigues, doivent en Mre indemnisés ... « ••• Et, à cet égard, messieurs, je dois vous faire connaitre un fait bien capable de presser votre détermination. • Dans le clépartcmenl de la Dordogne, il est un district qui, seul, \'ient de faire fabriquer 3,000 piques, et dont la garde nationale, après aYoir OU\'ert une souscription pour le payement des contributions exonérées, vous envoie dans ce moment une députation chargée de se plaindre de ce qu·on la laisse clans l'inaction et de vous demander, messieurs, qu'on lui ordonne de se réunir incessamment à ses frères d"armes pour la défense de la liberté . .llais dans le voisinage de ce dist,-ict, quelques habitants des campagnes ont fait, dit-on, une li.stede tous les émigrés de leurs conh·ées et n'écoutant que leur indignation contre ces traitres, ils menacent au premier signal de piller, dé ravager leurs possessions et d'incendier leurs c!idteaux. » Lamarquefut interrompu par les murmures violents de l'Assemblée, qui ' crut qu'il voulaitencourager les actes de destruction, et par les applaudisse-

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