Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1076 Il !STOi f\E SOCIALISTE de fil de laiton {toutes les malières premières se faisant rares à cette date) ils avaient dtl suspendre leur travail quelques jours, mais ils disaient: « Pour la Révolution, quand même! • et ils couraient refouler les bandes paysannes dont ils craignaient qu'elles fussent poussées par • la main invisible• de la contre-révolution. Mais qu'auraient dit ces ouvriers de !'Aigle si le paysans avaient su leur répondre?• Nous ne faisons que suivre Je mouvement de vos frères de Paris ... Comme eux, nous luttons contre les accapareurs, contre les égo!stes qui détournent à leur profil la Révolution. • Mais les pensées paysannes étaient incertaines et confuses et d'un égo!sme un peu court. Pourtant, et ceci a un baut intérêt historique, c'est la préparation populaire, c'est la première application spontanée des lois futures sur le maxi· mum. Et on comprend à la réflexion que jamais même l'audacieuse Convention n'aurait pu ou n'aurait osé régler le prix de toutes les denrées en France, si celle entreprise formidable n'avait été préparée à la fois par le mouvement des sections de Paris et par les soulèvements des paysans durant l'année 1792. A Verneuil, les paysans taxent le !lié, le pain, le beurre, les œufs, le bois et le fer. Mais, cela va plus loin. Ils comprennent qu'à taxer ainsi les denrées, s'ils frappent les gros fermiers, ils risquent de mécontenter aussi les petits fermiers. De plus, les gros fermiers eux-mêmes peuvent alléguer qu'à raison de la hausse des denrées leur ferm8ge aussi a été accru. Quelle réponse? une seule: reviser les baux, et selon le rapport du directoire d'E1Teux, les paysans • après a\'oir, disent-ils, établi une police générale des prix, doivent parcourir les campagnes, se faire représenter les baux des fermiers, faire réduction dans le prix, et menacer ensuite les propriétaires de les piller ». li est clair qu'il s'agit là de menaces conditionnelles; c'est seulernenl si les propriétaires refusaient la diminution des ilaux qu'ils seraient pillés, el il parait infiniment probable que les petits fermiers étaient dans le joo: ils se faisaient forcer la main pour une réduction des baux. Ainsi il y a, en ces régions, lout un frémissement de la vie paysanne compliquée et enchevêtrée. Oh I comme Taine, cet idéologue mal informé el peu consciencieux, a simplïfié et brutalisé tout cela I Comme il a donné un raux air de bestialilé déchainée à la subtilité paysanne aiguisée encore par la Révolution! Et comme ses formules sont grossières et pauvres à côté de ces vastes et fines fermentations! De tous ces mouvements, les autorités administratives, après le premier moment de surprise, avaienl d'ailleurs aisément raison, el Je plus souvent sans elfusion de sang. La bourgeoisie révolutionnaire disail aux paysans avec tant de force et un tel accent de sincérité qu'ils allaient, par l'anarchie, ramener l'ancien régime, que les « séditieux • étonnés et confus se laissaient bientôt arrêter sans résistance. La question des iliens des émigrés ajoutait beaucoup dans les campagnes à l'excitalion. Elle s'était déjà posée plusieurs fois à l'Assemblée constituanLe

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