Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTJ<: 1076 cahier, paysans, dont l'accent si véhément retentit encore à notre pen;ée, malgré les efforts des légistes bourgeoi, des villes pour en amortir et assourdir la puissance. Vraisemblablement, les même, légistes et praticiens de villages qui aidèren Lles paysans à rédiger l~s cahiers vibrants des paroisses concourent, aujourd'hui, à organiser le mouvement et fixent avec une certaine sagesse le prix auquel il contient de payer les denrées. A :\lclun, trente communes en armes se présentent à la halle pour y taxer le pain : à la demande de la municipalité de Melun les communes rurales dépo,enl les armes, mais maintiennent la taxation du pain. Le mou,ement se fait d'ensemble, avec unité et mesure. Parfois, il est vraj, comme à Eperoon, dans le Loir-el-Cher, il n'y a qu'un soulèvement tumultueux et pour taxer uniquement le ùlé el le pain. • Si nous diminuons notre ùlé de 4 francs, demandent les propriétajres, c'est-à-dire, si nous le donnons pour 20 livres, sera-t-on content?• A.lors• le nommé François Breton, terrassier à Epernon, armé d'un ùil.lon d'environ deux pieds de long, le nommé Conice, journaHer au Paty, commune de Bancher, armé d'un sabre, le nommé )larigny üls dit Cucu, le nommé George, Pichot, se récrient sur le prix du pain, les lroi, premiers sont ro nlé:, ,ur les sacs el ont dit: C'est trop cher, nous le voulons à 18 lines. » Et pendant ce temps, la garde nationale de Banches el quarante garùes nationaux ùe lloux, • armés de fusils, de hallebarde,, sel'(,C• et autres instruments », aidaient le peuple à impo,er à la municipalité ù'Epernon la taxation du grain. Le commanùaut de la garde nationale de Houx, le nommé Ll'ëuem, était parmi les plus animés. Ainsi les gardes natioi;ale, ,illageoise,, formées en granùe partie ùe pay;ans pauvres el de petits cultirnteurs, mettaient au senice des revendicallons pai.,anncs la force légale qu'elles avaient reçue de la Révolution. Sur l'étal d'e,pril de~ gardes nationaux des campagne• cela jette un jour curieux. Là vraiment, la distinction des citoyens actifs et passifs était à peu près illusoir,', el sans doute le pauvre paysan qui payait assei d'impôt pour être citoien actif et garde national ne s'olfensail pa, en un jour de soulèvement, que le citoyen • passif», armé d'une pioche ou d'une hache se joigntl à lui pour ramener à un prix modéré le pain trop cher et aussi les fer, de la forge dont tous avaient besoin pour leur houe, leur pelle ou leur charrue. Certe,, Lous ces paysans n·avaient pas de grandes vues générales. 11n'apparall pas qu'ils aient su rattacher leurs revendicalions aux vrincipes ùe la Ré,olulion el aux Droits de l'llomme. Aussi étaient-ils parfois suspects, non seulement à la bourgeoisie poss~danle, mais aux ouvriers révolutionnaires des petites villes; c·esl ainsi que dans l'Eure, le, gardes nationaux de la commune de !'Aigle, parmi lesquels il y avait beaucoup d'ouniers, contribuèrent très activement à réprimer ees mouvements pay,ans. Les onuiers de l'Aigle Lravaillaieoldans des fabriques d'épingles ; mais par suite du manque

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