Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

10\8 HISTOIRE SOCIALISTE " song~z qu'il fauLunir ·vos inlérêls à ceux des propriétaires.• II esl vrai que les au Ires lui auraienL répondu:« Soyez persuadé, Monsieur le maire, que nous • n·y manquerons pas. • EL loul de suite : • fléveille:-vous, hommes qui avez des possessiom; sortez du sommeil léllrnrgique oil vous êtes plongés depuis plus de deux ans; il en e,L lemps encore, mais ne différez plus un instant. Je vois de Loules parls des nuages qui s'amoncellent sur votre tête. Les Jacobins, comparables aux 'l'ilans, après avoir établi !"anarchie el le désordre dans le royaume, après avoir porté le fer el la flamme dans loules nos colonies, veulenl vous abimer sous les ruines de la monarchie. Les faubourgs de Paris sonL hérissés de piques ... N'avezvous pas des biens à protéger? N"avez-vous pas une famille? Altend1·ez-vous qu'on ,ienne enlever ce que vous possédez? que de lâches brigands, au nom de la liberté el de l'égalilé se partagent sous vos yeux toutes vos dépouilles ... C'est mal à propos qu'on donne le nom de citoyens à ces hommes qui, n'ayant rien à perdre, sont disposés à tous les crimes. Les véritables citoyens sont ceux qui ont des possessions; les autres ne sont que des prolétaires ou faiseurs d'e11fa1111; et ceux-ci n'auraient jamais dû être armés ni voler que comme en Angleterre. 1léprisables soutiens de la licence, clubistes forcenés, Jacobins que l'amour de la domination a,·eugle, vous ne serez que trop convaincus de celle vérité ... 0 citoyens, combien de sujets n'avez-vous pas de vous défier de tous ces hommes qui ne veulent s'assimiler à vous que pour dévorer votre substance I Depuis quand les frelons sont-ils regardés comme les frères des abeilles? Au premier signal d'une révolte, courez, chas~ezcelle nuée d'insectes qui veut partager sans effort el rnns gloire votre fortune acquise ou celle qu'augmentera bientôt votre industrie . ., El il terminait par celle phrase flamboyante où les majuscules alternent avec les italiques : • PROPIUÉ'l'AIRES, qui que vous soyez, gardez-vous de soutenir une fausse doctrine; les hommes qui n'ont RIEN, ne sont pas vos égaux. » Je n'aurai point le ridicule de donner plus d'importance qu'il ne convient aux paroles du comte de Beauvert, forcené de contre-révolution. Mais il est certain que tous les hommes d'ancien régime s'appliquaient, à ce moment, à apeurer la bourgeoisie que le mouvement soudain de janvier a,ail troublé~- Et celle tactique n'était point sans eJTel, comme en témoigne la phrase de Pétion : • On a tellement répéto à la bourgeoisie que c'était la guerre de ceux qui avaient contre ceux qui n'ayaienl pas, que celle idée-là la poursuit partout. • Les hommes de la contre-révolution n'osant plus demander ouvertement le rétablissement de leurs privilèges, la restitution de l'arbitraire royal, de la noble.se et de la t'éodalilé, tentaient de former une sorte de Llgue des propriétaires, une coalition des rancunes aristocratiques, des fureurs coloniales

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==