Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lllSTOIRE SOCIALISTE sociale de èe que PMion appelle le peuple, en ces deux ans de névolulion : la pensée commence à l'isoler, à le traiter comme un éll!mcnl distinct. Cela inquiéta un peu, même chez les hourgeois démocrales. car en défendant Pélion contre les allaques violentes que lui valul celle lellre de la part des contre- ré10lutionnaires et des Feuillants, ils s·appliquent à en nllénuer le sens, ils protestent surtout contre toule idée de distinguer dcu, classes dans le Liers élal. Le Patriote fra11çais, le journal de Drissol, dil à la date du 13 février : • Nous demandons pardon à nos lecteurs de leur parler encore des gazetier, univer,els, mais c'est un devoir de dire deux mols des calomnies qu'ils ont vomies bier con Ire M. Pélion. Tous les palrioles onl applaudi à la lellrc que cel excellenl citoyen a écrite à M. Duzol. Eh bien, celle Jeure a servi de texte au, universels pour lancer contre lui les inculpations les plus horribles. Ils l'accuse11t de ~·01,loirétablir dans la société deux classes opposées, la bo111·- geoisie elle peuple/ lui qui, dans Loule s:1 lellre, ne cesse de prêcher l'union, non pas de ces deux classes, mais de ces portions du peuple. lis raccusenl de prétendre que la bourgeoisie désire la contre-révolulion, lui qui exhorte la bourgeoisie à s'unir aux citoyens moins fortunés pour accabler les partisans de la conlre-révolutio11. • Le journal de Drissol joue sur les mols. Pélion ne pouvait pas affirmer qu·n y avait deux classes, car la bourgeoisie et le peuple n'avaient pas une conception fondamentale dilféreoto de la société cl de la propriété. El il n·essayail certainement pas c1·animerl'uneconlre raulre ces den"« portions du peuple•, pour employer le langage savant du Pat,•iote français. Mais ce qui étail gra,·e, c'était de constater que ces deux« portions du peuple •• d'abord unies el presque confondues dans le premier mouvement révolutionoaire, élaie11t maintenant el de plus en plus séparées par les inlér~ts, les idées el les pa,,ions. Voilà ce qui donne à la lettre de Pélion une valeur symplOmaliquc. La bourgeoisie modérée el propriétaire, qui sentait bien que« l'alliance• demandée par Pélion lui coQlerail quelques sacrifices d'inlluence el d'argénl, répondit par des cris de colère. Dans les journaux, dans les brochures, elle exhala ce qu·on pourrait déjà appeler son âme « censitaire •· La bourgeoisie coloniale surtout ful d·une violence inouïe. Et les hommes d'ancien régime tentèrent d'alioler la bourgeoisie, de lui faire peur pour ses propriétés. Voici, par exemple, un pamphlet paru à la dale du 18 février : • Cri de l'honneur el de la vérilé, aux p,·opriélaires, par M. Joseph <lo Barruel-Beauvert. Averlissemenl: M. Pélion, maire, vient de prévenir les Propriétaires qu'il ne faut pas désunir leurs inlérêls d'avec les Jans-cl/lottes, parceque ce serait servir l'aristocratie, et c'esl l'éloquence du palriolismequi dicte à 14. Pélion ce sage conseil à M. Pélion; cependanlje crains qu'il ne soil pas,. aussi raci!emenl quea'il avait écrit au1 sam-culollts: • Braves ciloyen•,

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