Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1016 HISTOIRE SOCIALISTE de façon insuffisante et vague les causes du« schisme• qu'il déplore. Oui, il est vrai que la bourgeoisie pos,édante, à mesure qu'elle cesse de craindre la nohlesse, l'ancien régime, se préoccupe davantage du danger qni la menace de rautre côté, du côté des sans-propriété. El Pétion a raison de rappeler à la Lourgcoisic que la lutte contre l'ancien r~gime n·est pas finie. que la contrerévolution reste menaçante et longtemps encore le sera. A vrai dire, plus d'un siècle après ces grands é,·énements, elle l'est encore, el contre elle, plus d'une fois, ce que Pélion appelle le tiers état a été ohligé, même à des dates récentes, de refaire son union. Mais cc que Pélion explique mal, ce qu'il parall ne pas voir, c'est la croissance même du peuple qui crée de no11\eaux problèmes, c'est sa poussée révolutionnaire, politique et sociale depuis deux ans. Dire tout simplement que les • choses n'ont pas changé• depuis la convocation !les Etats généraux, c'est fausser d'emblée la question à résoudre; car il s·agi,,ait préci:,émenl de sa,oir à cette date comment, par quelle politique, l'union des deux fractions du tiers état, peuple et bourgeoisie, pouvait Nre maintenue malgré les changements qui s'étaient produits depuis deu~ années dans les rappol'ts de ces deut fractions. Pétion prêche, au lieu de définir, d'analyser cl de pr6rnir. Ilap1>elertout uniment à la défense de la Constitution; alors que ccll~•ci est comme tiraillée entre les deu~ lendances, rune de démocratie, l'autre d'oligarchie bourgeoise, qu'elle porte en elle, c'est remplacer la s ,lulion par l'énoncé môme du problème; car il faut ùire justement en qllel sens la Constitution doit être enlrndue et pratiquée. Et puis, au momcnL m~me où Pction parle des intérêts indil'isibles et du bonheur commun du peuple Pl de la bour.;eoi,ie, eL 011par suite leur accord devrait apparaitre comme aiso cLnorm~I, il ne compte ,·i,iblement que sur une douhlc guerre: la guerre à l'ancien régime, la guerre aux puissances étrangère,, pour rapprocher les deux portion,. li ne parait pas soupçonner d'ailleurs que la guerre, en porlant•au plus haut les périls el les passions de la France révolutionnaire donnera une acuité supérieure à la question t~rriblc : par qui et par quelles forces doit èlre défeu•lue la Ilévolution 'l l.l'accorrt pour la sauver, le peuple et la bourgeoisie ne seront pas nécessairement d'accord sur les moyens de la sau,·er. Les vues de Pétion sont donc Loul à fait troubles et incertaine,, et on comprend très bien que cet optimisme prêcheur eL vague, qui se dissimule comme à plaisir la ùimculté ,raie, laissera les hommes de la Gironde très désemparés dans la formidable tempête eüérieure qu'ils soulèvent élourJiJUenl. M~is plus la pensée de Pélion est courte, el débile son esprit, plus c,t frappante cette constatation de l'antagonisme croissant des classes à l'intérieur de ce qui fut hier le tiers élat. Comme un crible animé d'un mouvement cte plus en plus rapide, la Révolulion, à mesure qu'elle s'accélère, sépare des intérêts d'abord confondus, et voici le signe le plus décisif de la croilsaoce polillque et

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