Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HlSTOlflE SOCIALISTE 1013 monnnie de cuivre, dont l'AssemlJlée avait pressé la fabricalion, se répandait dans Paris, el les cloches descendant des clochers commençaient à circuler en menues pièces métalliques aux mains clu peuple de la Révolution : la circulation des billets de confiance ne cessa d'ailleurs qu'en 1793. ~lais Loule celle e-xcilalion el agitation, les brusques variations de prix, la crise du sucre, la concentration des moyens de circulation aux mains des banquiers, tout avertissait le peuple que du sein même de la Révolution des puissances nouvelles se développaient, et sa conscience de classe commençait à s'aiguiser. D'autre part la bourgeoisie, troublée dans ses opérations de commerce, elîrayéc par des mouvements ou des récriminations qui lui paraissaienl menacer, sous le nom d'accaparement, le négoce el même la propriété, regarda il le, prolétaires avec méfiance el presque avec haine. Surtout la partie de la bour1,eoisie qui a,ail des intérêts aux colonies avait vu avec fureur le peuple des Lribunes prendre parti, au nom des Droits de l'homme, pour les hommes de couleur, même pour 1% esclaves noirs, contre les colons blanc, et les grands propriétaires. La scission sourJe entre les deux fractions du Tier,-E al, la fraction bourgeoise el la fraction populaire, qui s'était accu-ée déjà par la législation de pril>ilège des citoyens actifs, par la Cùupable rencontre du Champ de llars, s'aggravait maintenant par des conOils éc nomiques. Pétion qui, comme maire de Paris, recueillait les propos el les plaintes des uns cl des autres, les cris de colère des ouvriers, les cris de. terreur el d'orgueil des riches bourgeois, s'effraya, dès fénicr, de cc divorce nai,rnnl. El après avoir tenté, en janvier, de contenir doucement le peuple soulevé contre les négociants, il essaya, en février, de ramener la bourgeoisie à des pensées plus larges et plus généreuses. Il adressa à Duzol, le 6 fé1ricr 1792, une lettre qui fl.t sensation, et quïl faut reproduire, car, malgré la médiocrité d'esprit de l'hl)mme qui ra écrite, c'est un document social de premier ordre: c·est la constatation officielle et explicite des premiers symptôm~s de l;i lntle de classe à lïnlérieur mème du parti de la Révolution. • ~Ion ami, vous m'observez que l'esprit public s'alîaiblil, que les principes de liberté s'altèrent, que parlant sans cesse de Constitution on l'attaque sans cesse; vous me dites que ses plus zélés défenseurs n'embrassent ni ne suivent aucun système général pour la soutenir, que chacun s'arrête aux choses du moment et de détail, repousse des attaques particulières, qu'à peine nous pensons à l'avenir. Vous me demandez ce que je pense, quels sont les moyens que j'imagine pour prévenir la grande catastrophe qui parall nous menacer. Je me bornerai, pour le moment, à vous en exposer un seul. • Je remonte à des idées qui semblent déjà loin de nous, et je vais me senir d'expressions que la Conslilution a rayées de notre vocabulaire: mais c'est le seul moyen de bien nous entendre; ainsi je vous parlerai de tiers état, de noblesse el de clergé,

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