Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1042 l!ISTOIRE SOCJAL1S1'1l mab elle se voiL dans l'impossibililé de ·continuer ce service. Cependant, qucl5 ,onL les citoyens qui onl entre les mains les billets de ceue Caisse? Ce sont les ouvriers. C'est la classe peu aisée de la Société, c'est la classe qui manque de pain. Il est donc indi,pensable que l'Assemblée vienne à leur secour~. ., ~lais les résistances furent vives. Deux sentiments parurent dominer un moment l'Assemblée: d'abord la peur de créer un précédent redoutable, el d'assumer ln responsabilité de toutes les Caisses qui fonctionnaient en ~'rance, el en,uile une sorte de haine 11;1is,antecontre Paris. Quoi l nous allons donner 3 millions pour les ouvriers pari,iens, et c'est avec les contributions des provinces que nous aiderons Paris! Isnard, le fougueux cl incohérent Isnard, qui a l'ail débuté à l'Assemblée par les discours les plus violents dans le sens de la Rél'olution, qui, brusquement, avait conseillé une politique de détente et de modération et qui avait éveillé par son apparente \'Olle-face tanl de soupçons, que le grave journal de Prudhomme l'accusa formellement d'avoir reçu de l'argent de la Cour; hnard, qui sous l l Convention, prononcera conlre Paris les célèbres paroles de violence insensée, sem!Jle préluder à ce rôle de • rural • forcené, en s'opposanl au vole de tout secours. Il alla jusqu'à interrompre Vergniaud, qui parlail pour Paris, d'une mauière si indécente, que l'indulgent Vergniaud dul demander son rappel à l'ordre. L'Assemblée vota d'abord, le 30 mars, d'a~sez mauvaise grâce, une motion où perçait la défiance à l'égard de la municip.1lilé de Paris: • L'As,emblée naLionale, après avoir décidé l'urgence, décrèle que la Caisse de l'extraordinaire tiendra à la disposition du ministre de l'Inlérieur el sur sa responsabilité, la somme de 3 millions qu'il remellra au directoire du département de Paris, à lilre d'avance, el à la char.ge d'être remboursée par lui, pour être ensuite versée dans la Caisse de la municipalité dQ.menl autorisée. • Les Feuillants, irrités par le récent avènement ministériel de la Gironde, confiaient les fonds au Directoire modéré du département, el semblaieul prendre des précautions conlre Pélion. Ce premier décret de mauvaise humeur étail absurde, car il organisail une procédure assez longue el il tallait pourvoir d'urgence au remboursement des billets, sous peine de provoquer un soulèvemenl du peuple de Paris subilemenl ruiné. Le 30 mars, Pélion revint à la charge. Le ministre de l'intérieur Roland intervint et il déclara à l'Assemblée parmi les murmures:• Les circonstances ,onl très pressantes, très critiques, el s'il n'y avait pas les secours nécessaires, on ne pourra pas répondre qu'il n'y ail un soulèvemenl. • Enfin, l'Assemblée, cédant à la nécessité el à ln pre;sion girondine, décida, sur la motion de Girardot, que 600.000 livre., seraient immédiatement mises à la disposition du directoire el par lui lransmises le jour même à la municipalité. La crise fut ainsi conjurée, el d'ailleurs, au même momeoL, la nouvelle

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==