Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

104', IJISTOIRI!. SOCIALISTE « Q,i'Pst-cc qu'était le tiers étal avant la Rél'olution? Tout ce qui n'était pas noblesse et clergé. Le lier; élat avail une force irrésistible, la force de Yingt contre un; aussi tant qu'il a agi de concert, il a été impossihle à la n oblesse et an clergé de s·opposer à ce quïl a voulu; il a dit : « Je suis la na- • lion• cl il a été la nation. Si le tiers élatétailaujourd'bui ce qu'il élailà cel le époque, il n'y a pas de doute que la noblesse el le clergé seraient forcés de se soumettre à son vœu, el qu'ils ne concevraient même pas le projet insensé de se réYoller; mais le tiers état est divisl, et voild la vraie ca11sede nos maux. • La bo11rgeoisie,cette classe nombrei,se et aisée, fait scission avec le peuple; elle se place au-dessus de lui; elle se croit de niveau avec la noblesse, qui la dédaigne el qui n'attend que le moment ravorable pour l'humilier. • Je demande à loul homme de bon sens et sans prévention : quels sont ceux qui veulent aujourd'hui nous raire la guerre? Ne sont-ce pas les privil égiés? car enfin lorsqu'ils disent vaguement que la monarchie est renversée, q ue le roi est sans autorité, ces déclarations ne signifient-elles pas, en termes tr ès clairs, que les distinctions qui existaient n'existent plus el que l'on veut se battre pour les conquérir? « Il faut que la bourgeoisie soit bien ave11glepour ne pas apercevoir une vérité de cette évide11ce; il fa11t qu'elle soit bien ùisensée pour 11epas faire cause commune avec le peuple. il lui semble, da,is son égarement, que la noblesse n'existe plus, qu'elle ne peut jamais exister, de sorte qu'elle n'e n a aucun ombrage, qu'elle n'aperçoit pas même ses desseins; le peuple est le seul objet de sa défiance. 011lui tant répété q11ec'était la guerre de ceux q1 1i avaient contre ceux qui n'avaient pas, que celte idée-là la poursuit partout . Le peuple, de so11cdté, s'irrite contre la bourgeoisie, il s'indigne de son ingratitude, il se rappelle les services qtt'il lui a rendus, il se rappelle qu'ils étaient tous frères dans les beaux fours de la liberté. Les privilé9iés fomen - tent sourdement cette guerre qui nous conduit insensiblement d notr e ruine. • La bourgeoisie et le peuple réunis ont fait la Révulutio11; leur réunion seule peut la conserver. « Celle vérité est très simple, et c'est là sans doute pourquoi on n'y a pas rait attention. On parle d'aristocrates, de ministériels, de royali~les, de républicains, de Jacobins, de Feuillants; l'esprit s'embarrasse dans toutes c es dénominalions, el il ne sail à quelle idée s'allacher, el il s'égare. • li esl très adroit, sans doute, de créer ainsi des partis sans nombre, de diviser les citoyens d'opinions el d'intérêts, de les mellre aux prises les uns avec les autres, d'en füire de petites corporations particulière,;; mais c'est aux hommes sages à dévoiler celle politique astucieuse et à raire revenir de leurs erreurs ceux qui se laissent entrainer sans s'en apercevoir. • JI n'existe récllemenl que deux partis, el J'ajoute qu'ils sont lea mémee

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