Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IIISTOIRE SOCIALISTE 1035 France, en celle période de 11'92, de se resserrer, de se clore. Le jeu des changes qui permet aux étrangers d'acheter à bon compte toutes les matières et marchandises l'oblige à se replier et à se tléfeni]rc. En fait, c'est déjà la guerre qui commence sous forme économique entre la RéYolulion cl le reste du mon•le. Si l'assignat est di:;crédité au dehors, c·esl parce qu'il n'y a pas dans le reste de !"univers des forces suffisamment h:téressées au succès de la Rél'olution. Elle él'cillail dans l'esprit des peuples des sympathies partielles el incertaines . .\lais ni la bourgeoisie allemande, ni la bourgeoisie hollandaise, ni la bourgeoisie anglaise, ni la classe Olllrièrc d'Amsterdam cl de Londres n'a\'aient fait, si je 1,uis dire, leur chose ùu succès de la Ré\'olution. Si clics l'avaient espéré et \"Oulu,elles auraient maintenu le cours tic l'assignat et affirmé leur foi en la l\évululion par leur foi en la monnaie ùe la Ré\olulion. Le discré,lil ùe l'ü,signat au dehors mar,1ue el mest1re le discrédit de la !\évolution elle-même dans !"esprit des peuple,. Le monde n'y est pas préparé comme la Fiance, el cette di!Térence du uiveau rérnlutionnaire se lr,iduil par une différence corrt•spondante dans le niveau de l'assignat en de~ el au delà de no, frontières. Déuoncer à ce sujet la spéculation comme le faisait Delaunay, comme le faisait Clavière lui-môme, élait as;ez puéril el superficiel. Elle pouvait profiler, pour ses jeux innombraL,lcs, de ces di!Térences de ni1eau; elle pouvait les aggra1-cr, mais c'e,Lbien la dé,harmonie fondamentale de la France révolutionnaire et du reste du monde qui était la cause première et essentielle du di,crétlit de l'assignat sur les marchés extérieurs. Ce discrédit de !"assignat au dehors agissait comme une pompe aspirante sur nos produits, sur nos matières premières, et la production française se trouvait ù la fois encouragée par la deman !e des produits, menacée par la demande des matières premières. Ll !\évolution, troublée el tâtonnante, cherchait à parer au danger en prohibant l'exportation des matières néce;saires au travail nalional. Si la Gironde, au lieu de se griser ùe mols sur la spéculation, a l'ail réfléchi aux causes profondes de ce phénomène, elle y aurait l'U le signe le plus certain, J'indice le plus exact de l'insurtlsante préparation révolutionnaire du re,te du monde, el elle n'aurait pas accueilli avec un enthousiasme aussi facile l'idée d'une guerre uni\'erselle où à la propagande de la Révolution répondrait en un écho immense cl immédiat la sympathie des peuples. Entre le resserrement économique auquel était dès ce moment obligée la t'rance el la proùigieu,e expansion révolutionnaire rù,ée par la Gironde, il y a,ail une contradiction essentielle que ces esprits infatués et confiants ne démêlèrent pas. Ils disaient bien, il est vrai, que la guerre victorieuse rétablirait partout dans le monde le cours des assignais. L'adresse que les Jacobins, sous l'influence belliqueuse de la Gironde, envoient aux sociétés affiliées, à la date du 17 janvier i 792, exprime cette espérance : • Hàlons-nous donc ... , plantons la liberté dans tous les pays qui nous

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==