Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1036 HISTOIRE SOCIALISTE avoisinent, formons une barrière de peuples libres entre nou, et les tyrans; raisons-les trembler sur leurs trônes chancelants, el rentrons ensuite dans nos royers, dont la tranquillité ne sera plus troublée par de fausses alarmes, pires que le danger même. Bientôt la confiance renait dans J'empire, le crédit se rétablit, le change reprend son équilibre, nos assignats inondent l'Europe et intéressent ainsi 110svoisins au succès de la Révolution qui, dès lors, n'a plus d'ennemis redoutables. • La Gironde oubliait que si déjà les classes industrielles et commerçantes, les classes bourgeoises, seules capables de désirer ou de tenter efficacement une Révolution analogue à la nôtre, y avaient été fortement disposées, si les conditions économiques el politiques de leur développement en Angleterre, en Hollande, en Allemagne y avaient été très favorables, elles auraient solidarisé leurs intérêts de Révolttlion avec les nôtres par le crédit maintenu de l'assignat. La ligue des princes, des émigrés, des spéculateurs et des tyrans ne suffisait pas à expliquer cette sorte de chute de la Révolu lion dans toutes les Bourses de l'Europe où la bourgeoisie faisait la loi. El Robespierre, s'il avait élé plus attentif aux phénomènes économiques, aurait pu invoquer ce discrédit de la monnaie révolutionnaire au dehors, contre les rêves de facile el joyeuse expansion révolutionnaire qu'avec une étourderie héroïque el coupable les Giron 1ins propageaient. Mais si celte crise des changes attestait un déséquilibre entre la France el Jemonde, si elle menaçait aussi d'instabilité l'étal économique el la production de la France, il reste vrai qu'en 1792 une activité inouïe des manufactures préservait le peuple ouvrier de France du pire des maux : le chômage. Comme suite naturelle d'une énergique demande de main-d'œuvre, les salaires, ainsi que le constate l'article déjà cité des Révolutions de Paris, avaienl une tendance à hausser. Mais le peuple des ouvriers el ùcs artisans ne soulîl'it-il pas, à celle période, de la rareté des moyens de circulation et du renchérissement des denrées? Il faut dire tout de suite que si l'assignat perJait à la lin_de 1791 cl au commencement de 1792 50 pour 100 sur les valeurs étrangères, 20 pour 100 sur les écus, il perdait bien moins par rapport aux denrées. c·esl un phénomène indéniable, el noté à celle époque par un très grand nombre d'observateurs. La monnaie métallique, l'or el l'argent étaienl considérés comme une marchandise d'un ordre tout particulier. Qui avait de l'argent et de l'or se sentait à l'abri de toutes les crises, de toutes les surprises possibles dans le cours du papier ou des denrées. Facile à cacher el à conserver, la monnaie d'or et d'argent ne risquait pas de se corrompre comme les autres marcha□• dises el elle gardait par rapport aux ,•aleurs étrangères toute la puissance d'achat que perdaient les assignats. La monnaie d'or el d'argent était particulièrement demandée par ceux qui voulaient convertir en solidité métal· ligue leurs valeurs de papier sans assumer les charges d',un négoce demar-

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