Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IIISTOIIU> SOCIALISTE 773 • En elîet, qui est-ce qui porte l'homme, vivant en société, à la soumission el à l'observance des lois? Ce n'est que la protection 11u'clles lui a,,cordenl, lanl à raison de la sOrelé de sa personne que de 1~pos,ession el jouissance de ses propriété,. « Or, si le montant des arrérages de rente, qui se sont accumulé, depuis 1789, fruit des circonstances, absorbent, dans la plupart des terres ci-devant seigneuriales, la valeur des propriétés, alor,, point de doute que ces hommes, se voyant dépouillés de tous leurs biens ou, ce qui est a peu près la méme chose, assujellis à une rente si exorbilanle qur, malgré tous les soins quïl, donnent à la cullure, leurs revenus territoriaux ne sont pas suffi,ants pour l'acquilter, ils opposero111la force à la force, el le sacrifice de leur vie ne leur coûtera rien. • La commune demande ensuite que la Nation se cltarge elle-même du racltat des 1·enles. » Visibkment, la patience des paysans est à bout: partout ils veulent èlre Mbarra,sés, purement el simplement, des ohligations féodales. Ou les seigneurs ne seront pas indemnisés, ou ils le seront par la Nation. Le pay,an se refuse à payer les rentes féodales, il se refu0 e aussi à les racheter, el il annonce tout haut qu'il se défendra par la force. 11 est impossible que les nouveaux élus n·aienl pas été troublés p:ir ce mouvement; el tous ces procureurs, tous ces avocats, tous ces administrateurs, qui arrivaient à 1~députation, cherchèrent à coup sOr, dès le premier jour, par quelle habileté juridique ils pourraient dunner une apparence légale à l'expropriation des seigneur,. Le Comité féodal est constitué dès le début, el ce n'est plus l'influence conservatrice, traditionaliste de Merlin qui y domine. ~lai, la ~ueslion ful portée à 1a tribune de la Législative avant m~111c que le Co1111Lfêfodal e1ll présenté son rapport. c·est Couthon, le véhément ami de l\olJespierre, qui fui, je crois, le premier à la soulever. Dans la séance du 29 février 1792 il dit : « J.J prie l'Assemblée d'entendre quelques observations que j'ai à lui ,;oumeltre, relativement au, circonstances où nous nous trouvons : quoiqu'elles ne soient pas à l'ordre du jour, elles soul infiniment importantes.• L'Assemblée décida quïl serait entendu : et Couthon entra à fond dans l'habile Lactique des paysans. li démontra (Jue les grands périls intérieurs el extérieurs qui menaçaient la Révolution, füisaientuneloi à celle-ci, une lui tle salut public, de s'assurer 1e dévouement des cullivateurs : « Messieurs, nous louchons peul-être au moment où nous allon,, les armes Il la main, défendre notre liberté contre les efforts combinés des tyrans. Nous la conserverons; ce serait un crime d'en douter; un grand peuple, qui veut fermement être libre, sera toujours invi11ci1Jle;ou il écra-

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