Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

7i2 IIIS'l'ülllE SOCIALISTE • Mais, nous l'annonçons avec une douce joie : la destruction du régime féodal sera le coup de mort pour les aristocrates. U'est dans l'espoir de le rétablir qu'ils émigrent, conspirent et s'agitent en tous sens. Vous sentirez, plus que jamais, que liberté el réodalité ne peuvent pas aller ensemble, que la moitié de l'Empire, gémissant sous cet alîreux régime, el celte portion étant la plus précieuse puisqu'elle nourrit l'autre, la Révolution ne serait que partiellement chérie el la Constitution qu'à demi-stable si vous ne facilitiez, plus qu'on ne l'a rail jusqu'à présent, le rachat des droits féodaux... • La tactique de ceux qui veulent !'aboli lion complète de la féodalité se dessine. Ils disent à la Législative, que l'action contre-révolutionnaire des nobles et des prêtres réfractaires sera décisive dans les campagnes, si les paysans ne sont rallachés à la Révolution par la disparition immédiate du régime féodal. Les paysans profitent habilement des embarras el des périls de labourgeoisie révolutionnaire pour lui imposer, malgré ses répugnances, la destruction de toute la Jëodalit6. A vrai dire, ils ne paraissent demander encore que des facilités plus grandes pour le rachat, mais le ton est, si je puis dire, plus haut que les paroles : el c'est l'abolition entière qu'au fond ils désirent el qu'ils commencent à espérer. Le 4 janvier 1î02, le district de Châteaubriand (Loire-Inférieure)adresse, à l'Assemblée législative, une pétition couverte de signatures, el, celle fois, c'est contre le rachat même,que les cultivateurs s"élèvent: • Faudra-t-il donc qu'un malheureux vassal vende urni partie du petit héritage de ses pères I onr soustraire l'aulre à l'esclavage el à l"oppression? Mais à qui pourrd-l-il vendre celle portion de son patrimoine? ÂffX soi-disant seigneurs, à ces anciens tyrans: eux seuls, p~r le remlJoursemellt des droits féodaux, vont être dépositaires de tout le numéi-aire de la France et en concentt·er toutes les richesses. « Par là, ils vont tripler leur orgueilleuse opulence, par là, ils vonl étendre leurs possessions, et se rendre maitres de Loule, les propriétés; par là, enfin, ils vont aggraver le joug de l'ancienne servitude, qui lit autrefois gémir nos pères el dont nous rougissons encore aujourd'hui. Tel esl, Messieurs, le cri général, dont retentissent les campagnes et les villes du district de Ch:l.leaubriand, dont retentit la France entière. » Voilà enfin que le point décisif est touché : el, celle fois encore, c'est de la Bretagne que part l'audacieuse parol1l de salut. La commune de la CapelleBiron (Lol-el-Garonne) écrit, le 20 mars 1792, à la Législative : • La rente cl autres droits féodaux, conservés el déclarés rachetables, par le décret du 15 mar.; 1790, sanctionné le 28, seraient bien propres à provoquer la guen·e civile, si l'Assemblée nationale ne prenait pas, dans sa sagesse, des mesures de modification Lanl sur le fonds de la renle que sur le mode du rachat décrété par l'Assemblée conslituante.

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