Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOClA LISTE 939 parce que l'expression indice, dans une correspondance diplomatique, ne lui parait pas assez forte. El encore. • L'alîeclalion de M. Delessarl à prêcher la paix n'était-elle pas encore plus propre à nous attirer la guerre ou au 111oinsdes réponses h,11niliantes? Lisez la fin de sa lettre: C'est la paix que nous voulons ... Qui ne sait ici, Messieurs, que le ministre autrichien ne del'ait voir dans ces cris pour la paix que les fureurs de l'im1missance et de la pusillanimitèL. » c·est sur des raisons de celle force que Brissot fonde une demande de mise en accusation. Il y a treize griefs. Delessart était coupable« en ayant demandé bassement la paix. • c·est le grief n• 7. li l'est encore, • en ai•ant con,muniqué au ministère autrichien des détails sur l'intérieur de la France qui pouvaient donner une fâcheuse opinion sur sa situation el pro,·oquer des déterminations funestes pour elle». comme si Delessarl en faisant allusion aux agildlions, aux conflits qui suivaient naturellement en France le grand ébranlement révolutionnaire avait appris quoi que ce soit à l'étranger. El dans ce réquisitoire sophistique contre le ministre, pas un mot sur le roi, pas un mol sur la Cour. C'est toujours le môme système d'hypocrisie et de mensonge. Depuis des mois, les habiles et les peureux fau,senl la conscience de la Révolution. Il est entendu que l'on ménagera le roi. Il est entendu qu'on surexcitera la passion nationale pour ranimer la passion révolutionnaire que l'on croit affaiblie. A!ec ce parti pris de n'aborder la royauté que par ces détours, de ne l'attaquer qu'obliquemenl, on s'est condam,,é à mentir, à trich~r; el n'osant pas dire au peuple la vériLé rude et rorle, qa'il faut décidément aballre la royauté et le roi, on alfole le pays par des soupçons, par des roruans de trahison. Sur Oelessarl, qui s'est borné à traduire honnêtement la politique pacifique des modérés, Brissot épuise ses res,ources de plate dialectique, el contre le roi, qui trahit lui, qui livre la patrie, mais qui distribue encore les portefeuilles minist, 1riels, Brissot n'a pas un mol de menace. Et pourtant si te roi ne trahit pas, au profil de qui trahit Delessarl? C'est un soulagement, après toutes ces roueries de sophiste et de pédant, d'entendre, en celle même séance du 10 mars, le grand cri de colère et d'éloquence de Vergniaud contre les Tuileries: • Permettez-moi, messieurs, une réflexion. Lorsqu'on proposa à l'Assemblée conslit uanle de décréter le despoti,;me de la religion chrétienne, Mirabeau prononça ces paroles mémorables : De celle tribune où je vous parle on aperçoit la fenétre d'où la mai,, d'un monarq11e français a,·mé contre ses sujets par cf exécrables factieux, qui mUaienl des intél-êts perso11Mls aux intér;ts sacrés de la religion, lira l'arquebuse qui fui le signal de la SaiRt-JJarthélémy. • Ehl bien, messieurs, dans ce moment de crise où la patrie est en duger, où tant de conspirations sourdissent contre la liberté, moi aussi je

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