Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

940 HIS1'O1RE SOCIALISTE m'écrie : Je vois de cette tribune les fenêtres d'un palais où des conseillers pervers égarent et trompent le roi que la Constitution nous a donné, forgenl les fers dont ils veulent nous encbatner, et préparent les manœuvres qui doivent nous livrer à la maison d'Autriche. Je vois les fenêtres du palais où l'on lrame la contre-révolution, où l'on combine le moyen de nous replonger dans les horreurs de l'esclavage, après nous avoir fait passer par Lous les désordres de l'anarchie el par toutes les fureurs de la guerre civile. (La salle retentit d'applaudissements.) • Le jour est arrivé, messieurs, où vous pouvez metlre un Lerme à tant d'audace, à tant d'insolence, el confondre enfln les conspirateurs. L'épouvante et la terreur sont souvent sorties, dans les temps antiques el au nom du despotisme, de ce palais fameux. Qu'elles y renlrenl aujourd'hui au nom de la loi. (Applaudissements réitérés.) Qu'elles y pénètrent tous les cœurs. Que tous ceux qui l'habitent sachent que notre Corntitution n'accorde l'inviolabilité qu'au roi. Qu'ils sachent que la loi y atteindra sans distinction tous les coupables, et qu'il n'y aura pas une seule tète convaincue d'6tre criminelle qui puisse échapper à son glaive. Je demande qu'on mette aux voix le décret d'accusation. • ( L'orateur descend de la tribune au milieu des applaudissements réitérés de l'Assemblée et du public.) Enfln, une main hardie déchirait le voile : la trahison royale était directement dénoncée. La Hévolut ion retrouvait son accent de franchise el de puissance. La menace à la reine était terrible. L'acte d'accusation contre Delessart fut voté. Les amis de .Marie-Antoinette Curent pris de peur pour elle. Fersen note ceci dans son journal, le 23 mars : « Trouvé Goguelat chez moi en rentrant. Il avait passé par Calais, Douvres el Ostende. Il était parti depuis huit jours. Leur situation (du roi et de la reine) fait horreur. On a entendu des députés dire : • Lessart s'en tirera, mais la reine ne s'en tirera « pas. » Deux autres, sur la terrasse des Feuillants, disaient, en parlant du départ du roi : « Ces bougres-làne partiront pas; vous le verrez. • Il écrit encore le 18 : « Le chevalier de Coigny avail mandé le projet des Jacobins de mettre la reine dans un couvent ou de la mener à Orléans pour la 'confronter avec Delessart. • Vraiment l'épouvante el la terreur étaient. entrées dans le palais au nom de la Révolution. El presque au même moment, comme pour achever l'accablemenl de la Cour, la nouvelle dP, la mort de l'empereur Léopold arrivait. Le journal de Brissot dit, le 11 mars : • La mort de !'Empereur n'esl plus douteuse; elle a été orflciellement annoncée. Celle mort change tout le système politique de l'Allemagne. Celle nouvelle el celle du décret d'accusation contre M. Lessart ont répandu la consternation dans le château. • A vrai dire, Brissot s'exagérait la confiance de la Cour en !'Empereur.

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